• Clémence Le Forestier

Rencontre géopolitique #2 - La France face aux migrations climatiques


Tempête Gloria à Barcelone. Source : EFE/SIPA - Alejandro Garcia


Selon une étude de la Banque mondiale réalisée en 2018, si d’ici 2050 la situation climatique ne s’améliore pas, on comptera 143 millions de migrants climatiques. Le phénomène touchera principalement l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique latine.


Juergen Voegele, vice-président de la Banque mondiale, alerte sur la formation de « points chauds », avec des répercussions importantes pour les pays d'accueil qui sont souvent peu préparés à recevoir de nombreux migrants. Les espaces qui semblent constituer les meilleurs lieux d’accueil sont l’Europe et l’Amérique du Nord, en ceci qu’ils échappent encore partiellement aux conséquences néfastes du réchauffement climatique. Certes, la position géographique de ces espaces explique la moindre exposition aux catastrophes naturelles, mais c’est aussi leur niveau de développement qui leur permet de prévenir ces risques.


Si l’enjeu des migrations relatives à l’environnement a été renforcé ces dernières années, celles-ci ne constituent en rien un élément nouveau. En effet, elles existeraient depuis le Néolithique car le déplacement était la seule norme. De plus, le concept de « réfugiés de l’environnement » apparait pour la première fois en 1985, dans le titre d’un rapport du PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement) rédigé par Essam El Hinnawi, universitaire égyptien. Bien que la notion de migration climatique ait été explicitée dès la fin du XXème siècle, la reconnaissance des droits des migrants environnementaux demeure lacunaire et les politiques d’immigration relatives à l’environnement sont limitées.


Vers une reconnaissance et un accueil des réfugiés climatiques en France ?


En ce qui concerne le droit français, qui se supplante au droit européen eu égard à la définition du statut de réfugié, il adopte la définition de la Convention de Genève de 1951 qui définit un réfugié comme une personne « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouvant hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut, ou […] ne veut se réclamer de la protection de ce pays. » Il est donc clair que cette définition exclut les migrations climatiques. Néanmoins, les politiques d’accueil françaises tendent à reconnaitre l’urgence climatique subie par de nombreux migrants.


En décembre 2020, la France aurait accueilli son premier « réfugié climatique » parce que la cour administrative a annulé l'Obligation de Quitter le Territoire Français d'un migrant bangladais, surnommé Sheel par les médias. Les critères climatiques de son pays d'origine ont été jugés incompatibles avec son état de santé. Il s’avérait que Sheel souffrait de difficultés respiratoires, et que le traitement médicamenteux n’aurait pas été satisfaisant au Bangladesh. Dès lors, selon Louis le Foyer de Costil, avocat au barreau de Paris et spécialisé en droit des étrangers, « Rien ne fait obstacle à ce que les juges soient plus proactifs, et aillent dans le sens des avocats qui se saisissent de l'argument climatique, ou sanitaire. »


Migrations climatiques : le défi du siècle pour l'Europe et pour la France ?


Par ailleurs, si l’Europe apparait souvent comme un lieu d’accueil préservé des dérégulations climatiques, cette dernière n’est pour autant pas épargnée par les migrations internes. En effet, une partie des européens se voit contrainte de quitter sa région, c’est notamment le cas des habitants de la Moldavie et du Portugal qui sont considérés comme les pays européens les plus vulnérables selon le Centre de surveillance des déplacements internes (IDMC).


Source : Euronews - Données fournies par IDMC.


Les événements climatiques à l'origine de ces mouvements de population en Europe ont plus que doublé au cours des quatre dernières années, passant de 43 en 2016 à 100 en 2019. En 2020, les tempêtes Gloria, Brendan, Ciara et Dennis ont déjà fait des ravages sur les façades nord et ouest du continent et ont entrainé des déplacements de populations. En somme, au cours des dix dernières années il y a eu 700 000 déplacés en Europe à cause des catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique.


Les migrations, dans leur globalité, constituent un élément consubstantiel du débat politique français, qui cristallise souvent les tensions — d’autant plus dans un contexte de crise sanitaire qui complexifie la flexibilité migratoire. Il en va de même pour les migrations climatiques. Plus concrètement, certaines personnalités politiques nient encore l’existence des migrations climatiques ou qualifient ces dernières de subterfuges, tandis que d’autres luttent pour l’accueil et la protection des migrants climatiques. En effet, l’extrême droite peine à reconnaitre leur existence alors que, dès 2019, Olivier Faure, chef de file du parti socialiste, affirmait l’existence de réfugiés climatiques. Il affirmait que « des dizaines, des centaines de millions de femmes et d’hommes vont fuir parce qu’ils ne pourront plus boire, parce qu’ils ne pourront plus nourrir leur bétail. On sait bien qu’il y a un rapport étroit entre la question climatique, la question du développement et la question des migrations. » Quant à Emmanuel Macron, le 23 février 2021, à l’aube de la COP 26, il a déclaré que « Dans le Pacifique et à défaut d'action résolue d'adaptation, les habitants de certaines îles n'auront d'autre choix que de quitter leurs terres. ».


Les migrations climatiques au croisement des autres migrations

Région du Darfour au Soudan. Source : ISS.


Finalement, les migrations climatiques, économiques, ou encore sociales, s’alimentent et se renforcent entre elles, en raison de leur corrélation. En effet, les espaces souffrant des conséquences du réchauffement climatique s’avèrent aussi en proie aux conflits armés. C’est en particulier le cas de l’Afrique qui a vu naitre des guerres après des sécheresses. En 2007, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, avait qualifié le conflit au Darfour, qui a fait 300 000 morts et déplacé deux millions et demi de personnes depuis 2003, de « première guerre du changement climatique ». Ces interrelations entre les migrations rendent encore donc plus difficile encore la définition de ces dernières.


Bibliographie :


  • Léna Vidberg, "Migrations climatiques : le défi du siècle ?", 05/11/2020

  • Bernadette Mérenne-Schoumaker, "Les migrations environnementales : un nouvel objet d'enseignement", Géoconfluences, 10/07/2020

  • Daphné Deschamps, "La France a-t-elle ouvert la porte à un statut de réfugiés climatique ?", Libération, 25/01/2021

  • Marta Rodriguez Martinez, Lillo Montalto Monella, "Comment le changement climatique pousse les Européens à l'exil", Euronews, 28/02/2020

  • Luc Lenoir, "La France a-t-elle accueilli son premier "réfugié climatique" ?", Le Figaro, 08/01/2021








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