• Martin Bot, Mohammed Reda et Elvire Ergmann

Conflit israélo-palestinien: une histoire sans fin ?


11 jours de bombardement, et plus de 230 morts dont une soixantaine d’enfants - c’est le bilan de la dernière confrontation des troupes israéliennes et du Hamas dans la Bande de Gaza, entre le 10 et le 21 mai, avant qu’un cessez-le-feu ne mette provisoirement fin aux hostilités.


Les tirs échangés entre Israël et Gaza ont pendant ces quelques jours atteint une violence que l’on n’avait pas vue depuis deux ans et ravivé un conflit qui dure depuis plus de 60 ans entre l'État hébreux et la Palestine. Au centre de cette nouvelle vague de violence se trouve Jérusalem-Est, le quartier musulman de la ville sainte, conquis puis occupé par Israël depuis 1967 sans que la communauté internationale ne reconnaisse les droits israéliens sur ce territoire. Celui-ci représente le coeur même du conflit Israélo-Palestinien, puisque L’État Hébreux considère la ville entière comme sa capitale, et les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale d'un futur État indépendant.

Mais les violences se sont ensuite déplacées pour se concentrer sur la bande de Gaza - un autre casus belli entre les deux États, faisant ainsi craindre une troisième infitada.


L’embrasement


C’est la confirmation d’une décision de justice qui valide l’expulsion des familles palestiniennes au profit de colons israéliens qui met le feu au poudres - presque littéralement. Le 6 mai, alors que les manifestations pacifiques contre ces mesures d’éviction durent déjà depuis plusieurs jours, les forces de l’ordre israélienne répliquent violemment. Le lendemain, des milliers de fidèles musulmans se rassemble sur la Place des Mosquées (troisième lieu saint de l'islam, aussi nommé Mont du Temple par les juifs) pour la dernière grande prière du vendredi avant la fin du mois de jeûne musulman du ramadan, mais de nouveaux heurts éclatent, faisant 200 blessés. Loin de s’arrêter, les tensions ne font que s’intensifier et la ville se retrouve en proie à des manifestations de plus en plus violentes et à des heurts avec la police.




Ni les premiers appels au calme de la communauté internationale, ni les menaces du Hamas d'une nouvelle escalade militaire si les forces israéliennes ne se retiraient pas de l'esplanade des Mosquées ne parviendront à apaiser les tensions. Les affrontements se font de plus en plus violents, jusqu’à culminer le 10 mai, alors que Israël commémore ce même jour la conquête de Jérusalem-Est par les forces israéliennes en 1967. Ce jour-là, les nouveaux affrontements font cette fois plus de 500 victimes. Le soir même, des salves de roquettes sont tirées depuis la bande de Gaza vers Israël, qui réplique immédiatement et entraîne à nouveau les deux États dans une escalade de violences.


Gaza, casus belli


Ces tirs entraînent un glissement du conflit vers cette bande du Sud-Est du pays, un autre théâtre du conflit israélo-palestinien depuis sa création (1949, accords de Rhodes). La Bande de Gaza a été notamment le point de départ de “la révolte des pierres”, la première infitada. Faisant partie des Territoires palestiniens avec la Cisjordanie, la Bande de Gaza, divisée en cinq districts, est repassée sous le “contrôle” israélien en 2006. C’est en effet après la victoire du Hamas, organisation reconnue comme terroriste par de nombreux pays au premier rang desquels Israël, aux élections législatives que l’État Hébreu renforce son contrôle sur ce territoire qui devient la cible des tirs israéliens mais aussi le point de départ de tirs palestiniens vers l’Etat Hébreux.


Ce contrôle exercé par les forces israéliennes n’est pas une “occupation” traditionnelle, mais s’apparenterait, selon les experts, à une “occupation d’un nouveau genre”, une tactique de “siège” et de “blocus”. Israël a renforcé son dispositif sécuritaire autour de la bande de Gaza en fermant ses frontières et la plupart de ses checkpoints avec le territoire, en instaurant un blocus de l’espace aérien et grâce à la présence accrue de militaires dans les eaux territoriales; avec pour but d’étouffer le territoire palestinien, aussi bien militairement qu’économiquement.




Lorsque que le Hamas a ouvert le feu avec des tirs de roquette en direction d’Israël, visant jusqu’à sa capitale, une “ligne rouge” est franchie pour les autorités israéliennes, selon les mots du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Tel-Aviv réplique aussitôt et pilonne le territoire palestinien, faisant 200 morts dont une dizaine d’enfants. Alors que Israël affirme avoir visé des cibles militaires, ou des "bâtiments stratégiques appartenant au Hamas" (dont la "banque principale" et une "infrastructure du contre-espionnage" du mouvement islamiste); des protestations se sont élevés notamment en provenance de la communauté internationale après le bombardement de l’immeuble qui abritait l’Associated Press, retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Cette frappe “parfaitement légitime” pour le gouvernement israélien qui affirme affirmant se baser sur des informations des services de renseignements, a poussé les États-Unis à demander des « précisions » sur la « justification » d'une telle attaque .

Ces frappes ont fait quatre morts parmi la hiérarchie du Hamas selon les renseignements intérieurs israélien.



L’affrontement n’a duré que 11 jours mais a été marqué par des violences et des morts - près de 250, qu’ont vécu Israël et Gaza. Les deux partis se sont accordés le 21 mai sur un cessez-le-feu, sans vainqueurs ni vaincus, sans s’être même mis d’accord sur un seul terme. Cette cessation fragile des hostilités est notamment dû à l’épuisement des cibles du côté israélien, mais aussi à la pression internationale, et partiellement américaine. Le président Biden s’est entretenu de nombreuses fois avec Netanyahou dans le but d’obtenir ce cessez-le-feu, et l’Egypte a pu bénéficier de cette pression dans ses efforts de médiation.


Les réactions de la communauté internationale restent tout de même frileuses. L’Europe a eu du mal à se mettre d’accord sur un communiqué, finalement vidé de sa substance, et marqué par l’absence de soutien de la part de la Hongrie. Les États-Unis ont tardé à apporter une véritable réponse, agacés de la plainte conjointe entre Français, Égyptiens et Jordaniens déposée à l’ONU. Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken s’est toutefois rendu à Tel-Aviv mardi 25 mai dans le but de renforcer la trêve entre Israël et la Palestine qui dure depuis le 20 mai.



Les fragiles relations israélo-arabes mise à mal ?


Antagonistes historiques, certains états arabes et Israël avaient pourtant commencé un "dégel" des relations qui pourrait être menacé par les récents évènements.


L’opposition entre Israël et les pays arabes éclate pour la première fois en 1948 lors d’une guerre l’opposant à l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Irak, la Syrie le Liban, et le Yémen du Nord. Ce conflit, dont Israël sortira vainqueur, aura pour conséquence l’annexion par Israël de Jérusalem-ouest (en février 1949) et de 77 % de l’ancienne Palestine mandataire, soit 50 % de plus que ce qui était prévu par le plan de partage de l’ONU. Israël a donc pu s’affirmer comme une puissance régionale dans la région du Moyen-Orient.

18 ans après, la guerre des 6 jours, à nouveau remportée par l’État Hébreu pousse l’Egypte à normaliser ses relations avec Israël pour que cette dernière lui rende le territoire égyptien qu’elle a occupé pendant la guerre. Cette guerre marque également le dernier engagement de troupes arabes (hors de la Palestine) aux côtés des mouvements de résistance palestiniens.


Les puissances régionales ont choisi d'adopter un rôle au caractère politique plutôt que militaire avec notamment la naissance en 1975, à Rabat, du comité Al Qods, une organisation composée de 15 pays de la région dont l’objectif principal est d’aider les Palestiniens au niveau humanitaire tout en mettant à leur disposition les moyens nécessaires afin de les aider dans leur résistance. En 1986, le Feu Hassan 2, le Roi du Maroc, a accueilli le Premier ministre Israélien Shemon Peres - une première pour le pays, qui espère convaincre son interlocuteur de l’importance du commencement des négociations afin de mettre fin à ce conflit. 5 ans après, en 1991, et grâce à une médiation de la part de l’Egypte, les Israéliens et les Palestiniens ont signé les accords d’Oslo. Cet accord a reconnu la solution à deux Etats comme le seul moyen pour mettre terme à ce conflit.


Les relations entre l’État Hébreux et ses voisins restent cependant tendues et la normalisation des relations israélo-arabes, très progressive, se fait au compte-goutte et ne s'accélère véritablement qu’à partir de 2017, lorsque que les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, le Soudan et le Maroc établissent des relations officielles. Ces accords ne signifient pas pour autant que ces pays légitiment les opérations militaires israéliennes sur le territoire palestinien. La montée des tensions entre Tel Aviv et la Palestine à cause des expulsions de familles palestiniennes du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem a ainsi poussé les autorités marocaines à arrêter leur coopération avec le gouvernement Israélien ce qui a été suivi par le départ du représentant d’Israël au Maroc.


Parmi les acteurs de la région, la Turquie entretient des relations troubles et paradoxales avec Israël. De fait, le président turc ne manque jamais l'occasion de montrer son opposition aux politiques expansionnistes d’Israël, que ce soit au siège de l’ONU ou lors de forums économiques. Ces dernières semaines, le président Erdogan a souhaité donner “une leçon ferme et dissuasive à Israël”, et a appelé à la création d’une force armée constituée par les pays musulmans afin de protéger la Mosquée d’Al Aqsa. Pourtant Israël et la Turquie entretiennent des liens commerciaux qui se renforcent d’années en années. Les exportations turques en Israël doublent de volume et passent ainsi de 3 à 6,2 Mds USD entre 2017 et 2018, et une grande partie d’entre elles concernent des matériaux utilisés dans l’industrie de l’armement. De même, il faut noter que Ankara reste le premier Etat à majorité musulmane qui reconnut l’Etat Hébreu en 1949, et qu’en décembre 2020, Erdogan a déclaré vouloir que les deux pays “entretiennent de meilleures relations”. Cette politique à double niveau adoptée par la Turquie trouve ses racines lors de la fondation, en 1945, du Parti Justice et Développement, présidé par Recip Tayeb Erdogan. Un parti qui semble avoir comme objectif de créer un “nouvel empire islamique” qui aura comme objectif d’unir les musulmans du monde sous la direction de la Turquie.

Le double visage des relations turques avec Israël pourrait donner l’impression que la Turquie veut préserver son image d’opposant à Israël devant les pays arabes, et soigner l’image de son président comme leader du monde arabo-musulman, tout en ménagant un partenaire commercial important dans la région.



La recrudescence des tensions entre Israël et le Hamas ont ravivé un conflit qui ne s'est jamais réellement éteint. Si certains pays régionaux se sont posés en médiateurs, comme l'Égypte, la communauté internationale a montré ses dissensions sur le sujet - en témoigne le rejet à l'ONU de l'adoption d'une déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU sur le conflit israélo-palestinien. Cette crise a également porté un coup au réchauffement des relations entre l'État Hébreu et ses voisins (notamment le Maroc) alors qu'une activité diplomatique avait repris.

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