Pourquoi l’Autriche a eu (très) chaud aux dernières élections présidentielles

28/05/2016

Après un second tour très serré dimanche 22 mai 2016, l’écologiste Alexander Van der Bellen devient le nouveau président autrichien avec 50,3% des voix, face à Norbert Hofer, le candidat d’extrême-droite. Dimanche soir, après dépouillement des bulletins dans les urnes, Norbert Hofer était en tête avec 51,9% des voix ; mais c’est finalement le dépouillement des votes par correspondance (14% du corps électoral) qui ont fait basculer la balance.

Pourquoi l’Europe a-t-elle retenu son souffle en attendant les résultats de l’élection, dans ce petit pays de 8 millions d’habitants ? Quelles circonstances ont contribué au développement du FPÖ, Parti d’extrême-droite autrichien ? Quels défis attendent désormais le nouveau président et son parti écologiste ? Petit éclairage diplo’matique…

 

Alexander Van der Bellen (à gauche) et Norbert Hofer (à droite)

(http://www.lefigaro.fr/international/2016/05/22/01003-20160522LIVWWW00104-en-direct-elections-presidentielle-autriche-fpo-norbert-hofer.php)

 

 

En Autriche, la crise des migrants a installé une profonde polarisation

 

Comment expliquer un tel engouement pour les partis populistes ? « Le phénomène est général en Europe, relativise Ulrike Guérot, une chercheuse allemande. Les partis du centre sont débordés, faute d’apporter des réponses claires aux angoisses de l’électorat. La tendance existe en Autriche, mais aussi en France, au Royaume-Uni, voire en Allemagne. »

La première raison, la plus évidente car la plus actuelle et la plus médiatisée, est la crise migratoire européenne : c’est une des principales préoccupations des électeurs autrichiens. L’Autriche avait d’abord suivi Angela Merkel dans sa politique d’accueil des réfugiés. En octobre 2015, un concert de soutien s’était tenu sur la place du Héro à Vienne : Conchita Wurst et le défenseur du Bayern Munich David Alaba (d’origine philippine et nigériane) y ont participé, représentant un pays cosmopolite. Le parti social-démocrate créait une ambiance propice à l’ouverture et à la tolérance.

Puis, certains événements relayés dans la presse sont venus bouleverser la situation. 90 000 demandes d’asile déposées en 2015, soit plus qu’en Allemagne. Le choc de Cologne. Les agressions de masse lors du Nouvel An. « Dans un pays aussi sûr que le nôtre, on n’a pas l’habitude de lire ce genre de choses dans les journaux », rappelle le député Peter Pilz, co-fondateur du parti des Verts autrichiens.

L’Autriche a alors surpris l’Europe en fermant ses frontières, et en s’alignant sur la politique du dirigeant nationaliste hongrois Viktor Orban. La polarisation de la population autrichienne s’est alors profondément installée. Et aujourd’hui, 61% des Autrichiens estiment que leur pays ne peut plus accueillir de réfugiés (IFOP). Mirza Buljubasic, dont les parents sont des réfugiés originaires de Bosnie, déplore : « Il y a un an, le FPÖ disait qu’il fallait renvoyer les migrants avec des avions de l’armée et tout le monde s’offusquait. Mais aujourd’hui, c’est le ministre social-démocrate de la défense qui tient un tel discours » (Le Monde).

 

Des migrants en marche vers l’Autriche depuis Budapest (europe1.fr)

 

D’autres facteurs sont à l’origine de la croissance spectaculaire du parti d’extrême-droite autrichien, et plus largement des partis populistes dans les autres pays européens. Andreas Zick, co-auteur d’un essai écrit en allemand et intitulé Colère, mépris, dévalorisation. Le populisme de droite en Allemagne évoque: « la colère suscitée par les changements, notamment l'immigration, le mépris pour "ceux d'en haut", les élites du monde de la politique, des entreprises et des médias, et un dénigrement de tous ceux qui sont plus faibles mais que l'on soupçonne de représenter une menace pour son propre statut social. »

Crise des migrants, désillusion de la population à la suite des promesses émises par les partis traditionnels…c’est dans ce contexte que les élections présidentielles autrichiennes ont eu lieu.

 

 

Les élections présidentielles : deux candidats que tout opposait

Norbert Hofer sert les mains de supporteurs à Vienne en Autriche

(http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/17/en-autriche-l-extreme-droite-du-fpo-proche-du-pouvoir_4920621_3214.html)

 

Le parti d’extrême-droite autrichien, le FPÖ, partage les idées du groupe de Visegrad (une union politique informelle qui tient régulièrement tête à la Commission, et qui regroupe la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque) en refusant l’instauration de quotas de migrants. Hofer est également connu pour ses velléités territoriales, en militant pour un retour en Autriche d’une partie du Tyrol rattachée à l’Italie depuis 1919. En envisageant une modification des frontières au sein de l’Union Européenne, Hofer remet en question un des fondements mêmes de l’Europe. Le chef du parti du FPÖ, Heinz-Christian Strache, souhaite que l’Autriche appose son veto à la ratification du traité de libre-échange transatlantique (Etats-Unis-Union Européenne). Hofer revendique par ailleurs la mise en place d’une « démocratie directe » qui se traduirait par des referendums réguliers, un homme fort à la tête du pays, un Parlement et un gouvernement plus faible, fin des coupes budgétaires dans la défense...

 

Alexander Van der Bellen face à ses partisans le 22 mai 2016 à Vienne. Photo Dieter Nagl.AFP

 

Van der Bellen, 72 ans, ancien professeur d’économie a rassuré la droite autrichienne par son sérieux, et son parcours chez les écologistes a convaincu à gauche. Porte-parole fédéral des Verts de 1997 à 2008, ce parti le juge trop libéral sur le plan économique. C’est pour cette raison qu’il a préféré se proposer en candidat indépendant, bien que le parti écologiste finance sa campagne. Européen convaincu, il se décrit lui-même comme « enfant de réfugiés », en tant que fils d'un aristocrate russe et d'une mère estonienne ayant fui le stalinisme, défendant ainsi la politique migratoire ouverte et généreuse qui existait encore il y a quelques mois en Autriche.

 

 

Pourquoi faut-il s’inquiéter malgré la défaite de l’extrême-droite ?

 

Tout d’abord, ces élections sont le reflet d’une progression de fond à travers l’Europe, y compris dans des pays non membres de l’UE comme la Suisse, d’un courant de partis plutôt récent : ils ont en commun l’euroscepticisme, l’hostilité à la mondialisation, un rejet de l’immigration qui va parfois jusqu’au racisme et à la xénophobie, le rejet des élites ainsi qu’une forte critique du féminisme et des droits des homosexuels.

 

De plus, le paysage politique autrichien est bousculé. On parle désormais de la fin de l’ère des partis traditionnels. Après l’onde de choc du premier tour de l’élection présidentielle, le 24 avril, Werner Faymann, le chancelier alors encore en poste, démissionne. Pourquoi ? Car pour la première fois, sociaux-démocrates et conservateurs, les deux partis habituellement associés au pouvoir, trébuchent face au candidat de l’extrême-droite. Le nouveau chancelier, Christian Kern, social-démocrate et anciennement directeur de la compagnie des chemins de fer autrichiens ÖBB, est investi le 17 mai dans une certaine indifférence, tant les Autrichiens ont l’œil rivé sur un duel inédit pour la course à la présidence : le parti écologiste contre l’extrême-droite.

L’Autriche a longtemps été un pays où les villages se divisaient entre le camp des « rouges » sociaux-démocrates, et le camp des « noirs » conservateurs chrétiens. Cette bipolarisation sociale en place depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale a désormais la vie dure : les deux partis traditionnels commencent à se voir reprocher de vouloir à tout prix garder leurs avantages et leurs emplois, plutôt que de réformer le pays. Et le FPÖ, le parti de l’extrême-droite gagne du terrain.

 

Troisièmement, cet épisode peut sembler inquiétant car l’analyse des votes montre à quel point les Autrichiens sont désormais divisés. Le candidat écologiste est arrivé nettement en tête dans les grandes villes, chez les plus diplômés et chez les femmes. En revanche, dans le monde rural, ouvrier et masculin, le vote s’est porté vers l’extrême-droite, relève Le Monde.

 

 

 

Reste que l’Autriche étant un régime parlementaire, l’élection du président ne détermine pas l’orientation des politiques publiques, contrairement à la France : c’est le Chancelier qui a le plus de pouvoir. Le président peut « seulement » nommer le chancelier, dissoudre le Parlement, mais ses pouvoirs sont traditionnellement limités à un rôle protocolaire et moral.  Dès lors, les différents partis devraient lancer toutes leurs forces dans la bataille des prochaines élections législatives, prévues en 2018. 

 

 

 

 

Source de l'image du bandeau: http://www.marianne.net/autriche-extreme-droite-battue-ecologiste-van-der-bellen-elu-president-100243107.html

 

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