La diplomatie du ballon rond

05/05/2015

  La Coupe du monde de football 2022 sera la première édition organisée au Moyen-Orient. Un symbole dont on perçoit facilement la portée géopolitique. Dans le passé, à de multiples occasions, l'Histoire avec un grand "H" a rejoint celle du ballon rond. Revue de détail.

 

 

1934 : Mussolini vainqueur de la Coupe du Monde

 

  Mussolini et les idéologues fascistes, à mesure qu'ils renforcent leur emprise sur l'Italie, dans les années 1920, comprennent l'intérêt qu'ils peuvent retirer du football. Celui-ci allie modernité et force physique, travail individuel et sens aigu de l'intérêt collectif. Seule son origine anglaise dérange les nationalistes italiens qui préfèrent le présenter comme l'héritier du calcio florentin, divertissement traditionnel et violent.

 

  En 1934, l'organisation de la deuxième Coupe du monde de football est confiée à l'Italie. Le régime fasciste de Mussolini en fait un outil au service de sa propagande, comme le fera, à son tour, le régime nazi avec les Jeux olympiques de 1936 à Berlin. Près de 250 journaux et des radios du monde entier couvrent l'évènement qui sera remporté par l'équipe transalpine, la Squadra Azzurra. Le Duce veut y voir la preuve de la supériorité du fascisme sur les démocraties. Un sentiment décuplé lorsque l'Italie sortira de nouveau vainqueur du Mondial suivant, organisé par la France en 1938.

 

 Affiche de propagande pour le mondial 1938

 

 

1958 : Le football, outil au service de l’indépendance algérienne

 

  L'opinion publique française est en émoi : à quelques semaines de la Coupe du monde, plusieurs footballeurs algériens, sélectionnés pour l’équipe de France, entrent en clandestinité et rejoignent Tunis pour le Onze de l’indépendance, l’équipe créée par le Front de libération nationale (FLN) et dont l’objectif est diplomatique : l’équipe va faire une tournée mondiale pour expliquer la cause algérienne.

 

  Le football est alors une autre façon de « faire la guerre », de revendiquer ses droits à la dignité dans un contexte colonial. C’est aussi une façon de médiatiser un conflit qui s’enlise. À la demande des autorités françaises, la FIFA ne reconnaît pas cette équipe et celle-ci est interdite. Ce qui ne l’empêchera pas de jouer environ 80 matchs amicaux dans le monde entier pour promouvoir l’Algérie.

 

 

 

1969 : Honduras-Salvador : la « guerre du football »

 

  À l’été 1969, les sélections du Salvador et du Honduras s’affrontent en éliminatoires de la Coupe du monde 1970 au Mexique. Les tensions, qui existent entre les deux pays depuis une dizaine d’année, sont à leur paroxysme et les trois rencontres vont être le catalyseur de la guerre des Cent Heures, qui causera la mort de plus de 3.000 personnes. De fortes pressions internationales, notamment de l'Organisation des États américains, entraîneront le retrait des Salvadoriens.

 

  Aujourd'hui encore, cette « guerre du football » apparaît comme l'évènement sportif le plus meurtrier de l'histoire.

 

 

 

1974 : Allemagne contre Allemagne

 

  Le premier tour de la coupe du monde 1974 voit se dérouler un match à caractère hautement politique entre deux Allemagne, l’une plutôt libérale et l’autre communiste. En effet, l'équipe d'Allemagne de l'Ouest (RFA) et l'équipe d'Allemagne de l'Est (RDA) s'affrontent à Hambourg : c'est la première et la dernière fois que ces deux équipes se rencontrent sur un terrain de football.

 

  Au moment où se déroule ce match, les deux équipes sont déjà qualifiées pour le deuxième tour, mais elles se disputent la première place du groupe. La RDA remporte le match et la première place du groupe grâce à un but de Jürgen Sparwasser à la 77e minute.

 

 

 

1990 : Etoile rouge de Belgrade-Dynamo de Zagreb : l’éclatement de la Yougoslavie

 

  Dix ans après la mort de Tito, la Yougoslavie, au sein de laquelle cohabitent deux ennemis jurés, ne tient plus qu'à un fil. Championnat national de football, 13 mai 1990 : la rencontre entre les Croates du Dynamo de Zagreb et les Serbes de l'Étoile rouge de Belgrade tourne à l'émeute. Dans le stade Maksimir, les Serbes cantonnés dans une tribune réservée ouvrent les hostilités en entonnant des chants nationalistes, sous l'oeil complaisant des forces de l'ordre majoritairement composée de Serbes. Les Croates, furieux, envahissent le terrain. Le capitaine du Dynamo, Zvonimir Boban, assène alors un coup de pied à un policier. Un geste qui lui vaut le statut de héros national en Croatie. Les affrontements durent plus d'une heure et font plus d'une centaine de blessés. La guerre éclatera moins d'un an plus tard.

 

 

 

1998 : Iran- Etats-Unis : le match de la réconciliation

 

  En 1998, la rencontre entre l’Iran et les États-Unis en match de poule du Mondial-1998 a marqué l’Histoire du football et de la diplomatie internationale. Jamais, auparavant, les deux pays ne s'étaient affrontés directement dans une compétition sportive. Avant leur rencontre, les deux équipes bousculent le protocole d'avant-match et se prennent en photo bras-dessus, bras-dessous. Cette image de deux pays diplomatiquement en froid depuis l'occupation de l'ambassade américaine en 1979 fera le tour du monde. L'Iran l'emporte finalement 2 buts à 1.

 

 Joueurs de l'Iran et des USA lors de la photo d'avant match - 21 juin 1998 à Gerland

 

 


2001 : France-Algérie : la difficile cicatrisation des blessures de l’Histoire

 

  Le 6 octobre 2001, un match de football opposant l’équipe de France à son homologue algérienne se dispute au Stade de France à Saint-Denis. Cette première rencontre officielle depuis la proclamation de l’indépendance de l’Algérie en 1962 est censée cicatriser les traumatismes liés au passé colonial et à la guerre. Contre toute attente, lors de cette soirée une partie du public siffle la Marseillaise (symbole de la République française) et les joueurs français (représentants de la nation). Zinédine Zidane, le champion français d’origine algérienne bénéficie d’un traitement plus nuancé, sa prestation étant accompagnée d’un mélange de sifflets et d’applaudissements. Finalement, pour la première fois depuis près d’un siècle d’histoire de l’équipe de France, l’arbitre décide un retour prématuré aux vestiaires suite à l’envahissement du terrain à la soixante-seizième minute.

 

 

 

2002 : Un Mondial pour deux

 

  En 2002, pour la première fois de son histoire, le Mondial est organisé non par un mais par deux pays. Outre des problèmes logistiques, des frictions ont eu lieu entre les pays, pas encore pleinement réconciliés après l'occupation de la Corée par le Japon entre 1905 et 1945. Au cours de la préparation, des différends ont surgi au sujet de la localisation des matchs clefs (ouverture et finale), de l'ordre des pays dans le nom officiel de la compétition et des mascottes officielles.

 

  Lors de la compétition, l'empereur Akihito, contrairement à la tradition de présence du chef d'État du pays hôte au match d'ouverture, a refusé de se rendre en Corée pour l'occasion. Toutefois, cette animosité n'a pas été partagée par les supporteurs japonais qui ont soutenu le brillant parcours coréen, tandis que les sondés des deux pays considéraient que l'événement allait rapprocher les deux nations. La FIFA a annoncé en 2004 qu'elle n'accepterait plus de demandes conjointes d'organisation

 

 

2010 : Le Togo coupé du Monde

 

  Le 8 janvier 2010, l'équipe nationale du Togo qui, après un stage en République du Congo, rejoignait l'Angola en passant par la frontière entre le Congo et l'enclave angolaise de Cabinda pour la Coupe d'Afrique des nations de football 2010, a essuyé des tirs de pistolet mitrailleur d'une milice locale. De nombreux joueurs de la sélection togolaise ainsi que le staff sont dans un état très grave avec blessure par balle. Au lendemain de l'attaque, l'entraîneur-adjoint ainsi que l'intendant chargé de la communication succombent à leur blessures.

 

  L'attentat, revendiqué par le Front de libération de l'enclave de Cabinda, est relayé par les médias du monde entier. C'est un coup médiatique pour le mouvement séparatiste en lutte depuis plus de 25 ans, mais dont le combat ne fait plus guère parler de lui en dehors des frontières du continent noir.

 

 

2014 : Le Brésil sous tension

 

  Du 12 juin au 13 juillet 2014, la coupe du monde de football au Brésil a focalisé les caméras de la planète entière sur un pays qui passe pour l’un des modèles de l’émergence. Mais ses fractures se sont révélées à cette occasion. Alors que le football a été le lieu de la contestation politique de la dictature militaire, et de la justice sociale, les prix des places dans les stades ont été inaccessibles au petit peuple des villes brésiliennes.

 

  Avec le Mondial, le foot a été totalement récupéré par l’État brésilien. Ainsi, de nombreuses mesures ont été prises telles que l’interdiction des manifestations, l’expulsion de nombreux Amérindiens par la police près du stade Maracana et la destruction de leurs domiciles, et la mise en place d’un réseau de prostitution à grande échelle, cela ayant entrainé de nombreux actes de violences et la négation des droits humains fondamentaux.

 

 Revendications lors du mondial brésilien en 2014

 

 

 

2014 : Serbie-Albanie : Le drone du drame

 

  Mardi 14 octobre au soir, les équipes de Serbie et d'Albanie disputent à Belgrade un match de qualification pour l'Euro 2016. À la fin de la première période, un intrus s'invite au-dessus de la pelouse : un drone qui traîne dans son sillage un drapeau représentant la carte d’une « grande Albanie », c'est-à-dire incluant le Kosovo et les régions de Macédoine et du Monténégro où vivent des minorités albanaises.

 

  Provocation insupportable pour l'un des joueurs serbes qui détache l'oriflamme. S'ensuit une mêlée d'une violence proportionnelle aux rancoeurs sous-jacentes : bataille rangée entre les deux équipes, irruption sur la pelouse de hooligans déchaînés, agression de joueurs albanais par des membres du service d'ordre théoriquement chargé de les protéger...

La rencontre est finalement annulée. Dans les jours qui ont suivi, la Serbie et l'Albanie se sont livrées à une guerre de communiqués, s'accusant mutuellement d'avoir transformé un stade en arène digne des jeux du cirque.

 

  Ces incidents ont de nouveau rafraîchi les relations toujours tendues entre Serbes et Albanais, dans une zone géographique profondément marquée par les déchirements territoriaux du XXe siècle. L’indépendance du Kosovo, ex-province serbe peuplée en majorité d’Albanais, proclamée unilatéralement en février 2008, est intervenue après les bombardements de l’Otan contre la Serbie, en 1999, pour mettre fin à la répression serbe contre les indépendantistes et les civils albanais.

 

 

 

2015 : Cuba-New York Cosmos : un match historique ?

 

  C'est une annonce historique. D'après le New York Times, l'équipe du New-York Cosmos ira affronter la sélection cubaine à la Havane, le 2 juin prochain.

 

  Outre les considérations sportives, ce match sera le premier déplacement d'une équipe de sport américaine sur le sol de Cuba depuis 16 ans. Effectivement, aucun événement de ce type n'a eu lieu depuis la rencontre de baseball entre les Baltimore Orioles et la sélection cubaine. Cette annonce intervient alors que les pays ont entrepris un rapprochement diplomatique certain ces derniers mois. Cela n’est pas sans rappeler la « diplomatie du ping pong » dans les années 70 qui a permis un rapprochement entre les Etats-Unis et la Chine durant la Guerre froide.

 

 Cuba-New York Cosmos : un match nul pour l'Histoire? Par J. Deflandre

 

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