Un Printemps arabe 2.0

Après une première vague de contestations populaires lancée en 2011 et ayant abouti à des retournements politiques majeurs dans les pays du monde arabe, un vent de révolution souffle de nouveau au Moyen-Orient. Ces contestations ne dénoncent pas des régimes autoritaires comme durant l’Égypte de Moubarak, la Tunisie de Ben Ali et la Libye de Kadhafi. Elles dénoncent la faillite économique et sociale de pays arrimés à l’influence iranienne.

 

Manifestations en Irak : pourquoi le pays s’embrase, JDD

 

 

L’arc d’influence chiite installé par l’Iran au Moyen-Orient vacille. Dans sa guerre par procuration contre le monde musulman sunnite et sa bataille d’influence contre l’Arabie Saoudite, le régime iranien fait les frais d’un manque d’aide économique et sociale dans les pays qu’il soutient. Après avoir armé et financé des milices chiites qui influencent la politique de ces pays, l’Iran a oublié de privilégier les réformes économiques. Aujourd’hui ces milices soutiennent les intérêts de l’Iran aux dépens de leurs compatriotes.

 

En effet, depuis début octobre, des mouvements populaires descendent dans les rues de Bagdad, Beyrouth et Tripoli pour dénoncer la corruption et le clientélisme de la classe politique au pouvoir. Réclamant la démission de leur gouvernement respectif, les protestataires dénoncent l’influence iranienne dans leur pays. En Irak, la police a répliqué en tuant plus de 100 civils. Créées pour contrer l’avancée de Daesh en 2014, les Unités de Mobilisation Populaire, « Hachd al-Chaabi », milices armées par l’Iran et indépendantes de l’armée, soutiennent le gouvernement irakien contre les manifestants. Néanmoins, le premier ministre Adel Abdel Mahdi, porté par une coalition parlementaire, s’est fait lâcher par le leader chiite nationaliste Moqtada Sard et les paramilitaires de la Mobilisation Populaire.

 

Au Liban, les gros bras du Hezbollah ont chassé les manifestants pacifiques installés sur le parvis du Parlement pour demander de nouvelles élections. La police, démunie et attentiste, n’a pas réagi aux violences. Mouvement politique et militaire, considéré comme une organisation terroriste par les pays occidentaux, le Hezbollah soutient la coalition gouvernementale à laquelle il contribue. Le « parti de Dieu » est un véritable État dans l’État, ne répondant qu’aux ordres de son chef Hassan Nasrallah. Face au manquement sécuritaire de l’État, il a su s’imposer sur la scène politique libanaise pour contrer la menace posée au sud par Israël. À la tête d’une coalition dans laquelle siège le Hezbollah, Saad Hariri a remis son mandat de premier ministre au président Michel Aoun, sans toutefois calmer les manifestations.

 

Démission de Saad Hariri, France 24

 

Ces deux pays sont caractérisés par des régimes confessionnels, c’est-à-dire que le pouvoir politique est partagé entre les communautés religieuses. Au pays du Cèdre, le président doit être chrétien maronite, le premier ministre sunnite, et le président du Parlement chiite.

En Irak, depuis l’invasion américaine en 2003, le pouvoir est aussi partagé entre les communautés. Derrière ce partage des pouvoirs qui semble égalitaire, les communautés ne votent plus pour des idées mais pour des confessions et des ethnies. Ce système est aussi victime des changements démographiques. Par exemple, les chrétiens libanais ont largement émigré et ne pèsent plus que 20% de la population. En Irak, le président est issu de la minorité kurde, qui est en faveur de l’indépendance.

 

Les citoyens de toutes les confessions, chiites compris, de ces deux pays, dénoncent la faillite des politiques de l’État, la dégradation des services basiques, et le soutien inconditionnel des milices chiites à l’Iran. En Irak, les manifestants dénoncent la dépendance économique et idéologique envers l’Iran. Du fait de sa faible capacité de production après 16 ans de guerre sur son territoire, l’Irak importe pour 6 milliards de dollars de biens et services de l’Iran.

Par ailleurs, l’effet des sanctions américaines rétablies par Donal Trump suite au retrait de l’accord du nucléaire se fait sentir sur l’économie et les finances publiques iraniennes. Face à la baisse de leur pouvoir d’achat et des prestations sociales financées par l’argent du pétrole, les Iraniens contestent de plus en plus les orientations prises par le pouvoir dirigé par Hassan Rohani. De plus, le gouvernement a réduit ses subventions au Hezbollah de 700 à 350 millions de dollars, impactant négativement les ressources financières et les stocks en armes. Les États-Unis cherchent aussi à réduire l’influence militaire des Gardes de la révolution islamique, présents au côté du Hezbollah et des autres milices chiites dans leur combat en Syrie en soutien à l’armée de Bachar al-Assad.

 

Ainsi, face aux différents échecs de gouvernements soutenus par l’Iran et ses milices rattachées, les citoyens libanais et irakiens appellent à un renouveau démocratique, la fin des systèmes confessionnels, et leur indépendance vis-à-vis de l’influence iranienne. Néanmoins, en Syrie et au Yémen, dans sa confrontation avec les puissances sunnites, l’Iran est susceptible de garder la main sur la résolution de ces conflits. Jusqu’à quand ?

 

Sources :

RFI

Foreign policy

Le Monde

Le Point

JDD

 

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