Viktor Orban : Le trublion hongrois serait-il devenu invincible ?

20/02/2019

Conservateur, réactionnaire, autoritaire, anti-immigration, eurosceptique… Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire le leader de la vague populiste qui déferle sur l’Europe depuis quelques années. Connu pour ses frasques et ses réformes controversées, Viktor Orban semble aujourd’hui s’imposer comme le nouvel homme fort de l’Union Européenne. Défiant le couple franco-allemand à coup de bras de fer et malmenant l’Etat de droit, il impose petit à petit sa vision de la « démocratie » et de l’Europe et échappe à toutes les sanctions européennes. Le trublion hongrois serait-il devenu invincible ?

 

  Frederick Florin/AFP

 

Le défenseur d'une "démocratie illibérale"

 

Depuis sa réélection en 2010, le Premier Ministre hongrois s’illustre en bafouant les Droits de l’homme et l’Etat de droit, défendant ce qu’il appelle la « démocratie illibérale ». Fervent partisan de la « théorie du grand remplacement », Orban a fait couler beaucoup d’encre lors de la crise des réfugiés. La presse internationale s’est indignée des conditions d’accueil des réfugiés ainsi que de la construction d’une barrière transfrontalière au sud du pays. Plus récemment, c’est la promulgation d’une loi considérée esclavagiste qui a fait beaucoup parler de lui. Cette loi autorise les employeurs à ne payer les heures supplémentaires de leurs employés que si ce volume excède 400 heures par an.

 

En raison de ce type de « dérapages » autoritaires, la Commission Européenne a décidé en septembre dernier d‘enclencher la procédure de l’article 7 du TUE (Traité de l’Union Européenne) à l’encontre de la Hongrie. Cette procédure peut, au terme d'un processus long et fastidieux, priver un Etat de ses droits de vote au Conseil de l'UE, l'instance qui regroupe les 28 Etats membres.

 

Bien qu’elle puisse paraître particulièrement sévère, la procédure de l’article 7 n’inquiète nullement notre cher Viktor. Ce dernier fait un pied de nez à la Commission Européenne ainsi qu’à son « arme nucléaire » et continue de faire passer des lois plus autoritaires les unes que les autres. Parmi ces décisions récentes, on peut compter la criminalisation des SDF depuis septembre, la fameuse loi esclavagiste ou encore l’expulsion polémique de la CEU, l’université libre fondée par George Soros, dernière garante de la liberté académique en Hongrie.

 

 

Un réseau politico-économique étendu

 

Grâce à un réseau d’alliés économiques et politiques et à une propagande bien ficelée, Orban a su s’imposer dans le paysage politique hongrois et européen. Il peut compter sur le soutien de nombreux leaders internationaux tels que Vladimir Poutine, Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Mais c’est avant tout sur le soutien sans faille du président polonais, Andrzej Duda – avec qui il tient les rênes du groupe de Visegrad – qu’Orban peut compter. Car, malgré ce que l’on pourrait croire en Europe occidentale, le couple le plus solide de l’UE n’est pas franco-allemand mais polono-hongrois. Ces deux-là réunis sont imbattables et se protègent mutuellement des éventuelles sanctions de l’UE telles que la procédure de l’article 7.

 

De plus, sous couvert d’un patriotisme économique, le dirigeant hongrois a mis en place un système de corruption généralisée où l’économie et le politique sont imbriqués. Le système économique hongrois est dominé par des oligarques proches des pouvoirs publics, voire d’Orban lui-même. Qu’il s’agisse des géants de la construction ou des médias, ces entreprises sont toujours dirigées par des partisans d’Orban.

 

Ce dernier s’est d’ailleurs fait offrir un consortium médiatique de 476 entreprises de presse : quelle aubaine ! Les médias publics étant déjà menés à la baguette par le ministère de la Communication, la mainmise sur les médias est désormais totale. La propagande et la manipulation des esprits n’en sont alors que plus aisées. 

 

C’est ainsi que le Fidesz jouit d’une audience particulièrement forte dans la Hongrie rurale, où le contact avec l’étranger ou des médias libres est relativement difficile. La campagne hongroise est encore très peu développée par rapport à l’écrasante capitale, ce qui nourrit un certain nombre d’angoisses et de frustrations chez les populations rurales. Les médias contrôlés par le parti mettent ainsi en avant des sujets sensibles tels que la pauvreté ou l’immigration, ce qui permet à Orban de s’imposer en tant que sauveur de la Hongrie.

 

 

Boyko Borissov (Premier ministre bulgare), Viktor Orban et Jean-Claude Junker à Bratislava - EPA/YVES HERMAN / POOL [Pool/EPA/EFE] 

 

Les détracteurs d'Orban parviennent tout de même à se faire entendre

 

Bien qu’il dirige son pays d’une main de fer et semble mener l’UE du bout du nez, Orban ne peut taire tous ses détracteurs. Il ne faut surtout pas croire que tous les Hongrois sont dupes. Un petit village d’irréductibles Hongrois continue de résister à la propagande : Budapest et ses quelques 3 millions d’habitants. Les manifestations se font de plus en plus nombreuses en Hongrie, ou faudrait-il dire à Budapest, et reçoivent de plus en plus d’attention médiatique. On l’a vu en décembre lors de la promulgation de la loi esclavagiste ou en 2014, lorsque le monument en mémoire des victimes de l’occupation allemande a été érigé.

 

En outre, la diaspora hongroise est un phénomène bel et bien existant. En raison de la corruption généralisée, la majeure partie des ressources est captée par une élite proche du gouvernement, et empêchant ainsi la création d’emplois et le partage des ressources. La population hongroise voit rarement la couleur de la croissance économique du pays, ce qui pousse certains à partir et pourrait pénaliser Orban à long terme.

 

Enfin, la personnalité clivante divise au sein même de sa famille politique. Certaines figures de la droite conservatrice européenne, à l’instar d’Angela Merkel, condamnent son attitude autoritaire et sa vision de la démocratie. Ainsi, seule une poignée de leaders conservateurs, dont font partie Silvio Berlusconi et Laurent Wauquiez, le soutiennent dans la course aux européennes. L’avenir de Viktor Orban au sein du PPE et ses rêves de grandeur sembleraient-ils contrariés ?

 Manifestions à Budapest le 5 janvier 2019, Attila Kisbenedek, AFP

 

Finalement, Viktor Orban apparaît aujourd’hui comme une figure incontournable de la scène politique européenne. Chef d’Etat autoritaire et leader du mouvement contestataire au sein de l’UE. Orban semble désormais intouchable, aussi bien sur le plan national que sur le plan européen. Pourtant, les contestations sont de plus en plus nombreuses et visibles. La véritable question demeure donc: jusqu’à quand cela va-t-il durer ?

 

 

Sources : 

 

https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/feb/06/viktor-orban-crossed-red-lines-hungary-eu

https://www.bbc.com/news/education-46427810

https://www.lesechos.fr/11/09/2018/lesechos.fr/0302238258977_etat-de-droit--libertes---viktor-orban-face-au-parlement-europeen.htm

http://www.rfi.fr/emission/20181202-hongrie-fondation-media-viktor-orban-controle-meszaros

https://courrierdeuropecentrale.fr/jeunes-hongrois-tentes-par-emigration/

https://www.institutmontaigne.org/blog/portrait-de-viktor-orban-premier-ministre-de-hongrie

https://www.lepoint.fr/debats/viktor-orban-exploite-les-angoisses-de-la-societe-hongroise-09-04-2018-2209165_2.php

 

 

 

 

 

 

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