Le cyberespace et le retour de la géopolitique

17/10/2018

Cet article a été écrit en prévision du Diplo'Mun, dont le thème n'est autre que la cybersécurité. 

 

Si un temps, en entrant dans l’ère du numérique, l’accroissement fulgurant des communications a fait croire à la fin des conflits géopolitiques par la diffusion des idées démocratiques, on assiste au contraire au retour de crispations nouvelles. En 2012, David Sanger a révélé dans un article du New York Times ce que l’on peut considérer comme le premier acte de « cyberguerre » en rendant publique l’affaire du virus Stuxnet. A l’initiative des Etats-Unis et réalisé par les services israéliens  et ses « cyberattaquants » de l’unité 8200, une attaque expérimentale cybernétique aurait infecté les centrifugeuses de Natanz afin de ralentir le programme nucléaire iranien. Né de l’utilisation permanente des nouvelles technologies, le cyberespace est devenu le terrain des possibles pour des stratégies de domination nouvelles, entre la diplomatie coercitive et l’attaque armée.

 

En 1997 déjà, dans un article intitulé « Internet géopolitise le monde », Frédérick Douzet avançait la thèse d’une prolifération de conflits nouveaux : « A défaut de temporiser les conflits géopolitiques, l’Internet semble au contraire les multiplier et les compliquer ». Le cyberespace est en effet un terrain miné ; un espace géopolitique aux menaces nouvelles lorsque l’utilisation des réseaux informatiques dans le cadre de conflits politiques, de combats militaires ou de renseignement et aux acteurs multiples lorsque des cybercriminels, des hacktivistes ou des grandes entreprises défient les pouvoirs régaliens des Etats.

 

 

Un territoire nouveau que doivent contrôler les États 

 

A la fin des années 2000, les premiers épisodes d’attaques conventionnelles appuyées par des attaques cybernétiques ont fait l’effet d’un électrochoc pour de nombreux pays. En Estonie en 2007 ou en Géorgie en 2008, l’utilisation de milliers de botnets (réseaux d’ordinateurs zombies pilotés à distance à l’insu de leurs utilisateurs) ont servi à des attaques massives par déni de service qui ont privé les habitants de l’accès aux sites gouvernementaux ou à ceux des banques et autres services publics.

 

Il apparaît donc nécessaire aux Etats d’investir le cyberespace, de le conquérir afin de pouvoir le contrôler et le surveiller, y faire respecter ses frontières, sa souveraineté et ses lois. C’est le cas de la France notamment, qui a défini le cyberespace comme une priorité stratégique dans le Livre blanc sur la défense daté de 2013. Créée par décret en 2009, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) doit assurer la préservation des intérêts de l’Etat français en matière de cybersécurité, mais aussi ceux des entreprises et des citoyens. Les opérateurs d’importance vitale, entités publiques ou privées dont le dysfonctionnement aurait un impact destructeur sur notre société, font également l’objet de réglementations nouvelles et de standards élevés en matière de cybersécurité. Toutefois, tout n’est pas acquis. Le cyberespace reste un territoire nouveau aux défis propres : la peine à identifier et prouver l’origine d’une attaque, l’évolution rapide des technologies, la difficulté de défenseurs à suivre les capacités en constante amélioration des attaquants, etc.

 

 

L'affaire de tous

 

Enfin, l’émergence de conflits cybernétiques nouveaux aux enjeux multiples a vu entrer avec fracas la géopolitique dans la sphère publique. Les révélations d’Edward Snowden sur les programmes de surveillance massive de la NSA ont montré l’imbrication des problématiques classiques (sécurité des populations, domination territoriale, financement d’activités illégales) avec des enjeux nouveaux qui touchent directement les citoyens : respect de la vie privée, protection de la liberté d’expression et des libertés individuelles. Car le cyberespace n’est en rien la propriété unique des gouvernements et des militaires ! L’omniprésence des systèmes d’information impose aux entreprises et aux citoyens de mieux comprendre les enjeux du cyberespace pour veiller à leurs intérêts et saisir les opportunités liées au développement des nouvelles technologies.

 

Sources : 

 

- DSI, hors-série n°32, « Le cyberespace au cœur de tensions géopolitiques internationales », Frédérick Douzet

- Observatoire du monde cybernétique, rapport annuel 2016

- Livre blanc « Défense et sécurité nationale », 2013, La Documentation française

- Site de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information https://www.ssi.gouv.fr

- Le Monde, « Le ver informatique Stuxnet alimente les fantasmes de complot »

- Le Monde, « L’ère de la guerre cybernétique »

- The New York Times, « Obama ordered wave of cyberattacks against Iran »

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