Géopolitique de l'or bleu : le pire n'est jamais certain ... mais

01/03/2018

Depuis quelques jours, des articles sur le thème de la raréfaction de l’eau et ses conséquences sont publiés dans la presse française. Le dérangement climatique avec notamment la sécheresse inquiétante dans certaines parties du monde, l’urbanisation croissante et la volonté de certains Etats de capter tout ou partie de cette ressource, pourraient rapidement conduire à des conflits susceptibles d’amplifier à termes les flux migratoires. Rappelons que l’eau se trouvent dans trois états physiques : solide, liquide et gazeux. La quasi-totalité de l’eau présente sur terre est à l’état liquide dont la totalité ou presque appartient aux océans. Cette eau salée la rend donc inapte à la plupart des besoins de l’homme. N’oublions pas cependant que pour le restant (soit l’eau non salée), seul un quart est présent dans les nappes souterraines, les lacs et les fleuves, le reste étant présent à l’état solide dans les glaciers. 

 

Une grosse partie des besoins en eau est principalement liée à l’utilisation croissante faite par le secteur agricole, en raison de l’accroissement de la population mondiale et de ses besoins alimentaires. La demande étant de plus en plus significative, il convient de rechercher des solutions pour augmenter les ressources en eau disponibles ou pour diminuer l’intensité de son utilisation. Les nouvelles technologies peuvent être une chance dans les prochaines années pour permettre de rééquilibrer le marché et éviter que cette pénurie d’eau ne menace rapidement les futures générations à travers des soulèvements de populations voire des conflits militaires. L’eau liquide naturelle étant géographiquement mal répartie sur la terre, s’ajoutent également des inégalités tant sur le plan technologique et que sur le plan financier entre les pays développés et les pays en voie de développement. Ces derniers sont souvent bien en peine de trouver les financements nécessaires à l’exploitation des ressources en eau. De plus, l’urbanisation galopante et mal maitrisée dans certains pays en voie de développement menacent la qualité de l’eau. Cette pression sur la ressource ne peut qu’aboutir à la naissance de conflits, notamment dans le cas où la ressource hydraulique doit être partagée par différents pays.

 

Voici quelques illustrations des tensions géopolitiques liées à l’exploitation de l’Or Bleu apparues au cours des dernières années.

 

Turquie, Syrie et Irak : des tensions au sein de la Mésopotamie à travers la maitrise des ressources hydro-électriques de l’Euphrate et Tigre.

 

 

Il ne fait aucun doute que l'eau demeure l'un des principaux facteurs du conflit au Proche-Orient, exacerbé par les changements climatiques en cours. A la sécheresse constatée depuis plus de 10 ans, s’est ajoutée la baisse du débit de l’Euphrate due aux grands barrages turcs. Le conflit actuel dans cette région a totalement déstabilisé le secteur agricole en ayant mis sur la route de l’exil des centaines de milliers de personnes abandonnant leurs terres agricoles et leurs troupeaux. Le Tigre et l’Euphrate, qui traversent la Syrie et l’Irak prennent leurs sources sur les hauts plateaux du nord-est de la Turquie. Véritable château d’eau de la région, la Turquie entame en 1989 la construction de 21 barrages sur les deux fleuves qui ont déjà réduit de 40% le débit naturel de l’Euphrate. Cela a permis d’irriguer les terres agricoles de l’Est de la Turquie. Cependant, ces nombreux barrages ont également limité le débit en aval de ces deux fleuves en Syrie et en Irak conduisant à l’appauvrissement les sols et diminuant la production hydro-électrique de la Syrie et de l’Irak.  Au-delà de ces 3 pays de disputant la gestion de cette ressource devenue de plus en plus rare, n’oublions pas également le conflit israélo-palestinien dans cette région, dont l’une des motivations reste le contrôle des rives du Jourdain et des nappes phréatiques. Les solutions à tous ces conflits passeront forcément par un partage accepté des ressources aquatiques de la région. 

 

Le barrage Ilisu, commencé en 2010 dans l’Est de la Turquie est terminé depuis l'année 2016. (Photo promotionnelle publiée en octobre 2015 sur la page Facebook du barrage).

 

Ethiopie, Soudan et Egypte : le bassin du Nil en péril

 

Le futur barrage de la Grande Renaissance, plus grand projet hydroélectrique d'Afrique, doit permettre à l’Éthiopie de remédier à sa pénurie d'électricité et de maitriser les ressources en eau du Nil Bleu. Mais ce qui est bon pour l'Éthiopie ne l'est pas pour l'Égypte, située en aval. En effet, l’Egypte craint que le barrage, qui bloquera un affluent du Nil, provoque une pénurie d'eau encore plus importante, alors même que ce pays connait une explosion démographique et urbaine sans précédent. Des rumeurs d’intervention militaire égyptienne ou de soutien à des rebelles éthiopiens ont bien été présents il y a quelques années mais la diplomatie a repris depuis quelques mois le dessus, avec des discussions entre les 3 dirigeants des pays concernés. Pour autant les discussions piétinent et se heurtent aux intérêts et aux objectifs de développement de chacun. La pierre d’achoppement demeure la stabilité du débit du fleuve, peu compatible au remplissage du barrage lorsque celui-ci sera terminé. Un conflit militaire reste donc d’actualité dans cette région.

 

 

Brésil et Paraguay : le barrage d'Itaipù sur le Rio Parana

 

 

En 1973, au temps de la dictature dans ces deux pays, le traité d’Itaipu fut signé entre le gouvernement paraguayen et le gouvernement brésilien fixant l’usage des ressources hydroélectriques relevant de leur souveraineté commune au sein de l’entreprise binationale Itaipu. Ce traité largement déséquilibré au profit du Brésil ôte au Paraguay toute souveraineté sur ses ressources hydroélectriques. Depuis 2008, le gouvernement paraguayen a tenté de renégocier auprès du Brésil la récupération de sa souveraineté, notamment sur le prix de l’énergie cédée à son voisin encombrant. Pour l’instant, le Paraguay reste pieds et poings liés sur les prix de l’énergie produite par le barrage de Itaipu et sur sa capacité refusée par le Brésil à vendre une partie à des pays tiers de la région comme le Chili. Il faudra donc attendre 2023, année de l’échéance du traité d’Itaipu et une fois les infrastructures en place pour que le Paraguay puisse vendre librement au plus offrant. Cependant, le Brésil veillera nécessairement sur ses propres intérêts énergétiques pour influencer le prix de l’énergie dans cette région sud-américaine.

Située sur le fleuve Paraná, à la frontière entre le Paraguay et le Brésil, la centrale hydro-électrique d’Itaïpu s’étend sur 7,2 km de long. Elle est la plus puissante au monde après celle des Trois gorges en Chine. (Source : Voltairenet.org)

 

Chine, Laos et Cambodge :  Le Mekong pris en otage

 

 

Le Mékong, un fleuve long de près de 4 800 km et qui nourrit des dizaines de millions de personnes, est menacé en aval par les nombreux barrages chinois. Et les projets de barrages se multiplient sur le Mékong, compromettant, l’avenir des pêcheurs et des agriculteurs et de la vie traditionnelle le long des rives. Le limon est indispensable pour toutes les rizières au Vietnam dans le delta du Mékong. Le fleuve connaît une rapide métamorphose, du fait de la croissance économique, des besoins de la région en électricité et du transport des marchandises.  La Chine a déjà construit trois barrages, et le quatrième, en cours de réalisation, sera le plus haut du monde. Le Laos projette de construire sur le Mékong et ses affluents un si grand nombre de barrages hydroélectriques – soixante-dix projets, dont sept ont déjà été menés à bien – que les autorités parlent de faire du pays la “pile de l’Asie”. En contrôlant le débit en amont, la Chine possède un moyen de pression incroyable. Ainsi en 2016, Pékin a permis au Vietnam d'atténuer les effets d'une grave sécheresse en ouvrant les vannes. Et les pays d'Asie du Sud-Est ne peuvent pas tenir tête à la Chine sur le plan géopolitique. La multiplication des barrages sur le Mékong pourrait donc engendrer un conflit international.

 

Le barrage de Xiaowan en Chine sur le Mékong : Avec une hauteur maximale de 292m, il s’agit de loin du barrage à arche hyperbolique le plus haut du monde. (Source: le Quotidien du Peuple en ligne).

 

 

Sources :

 

Géopolitique de l’Eau-Nature et enjeux- Irénées

L'eau, l'autre facteur du conflit syrien - Géopolis – Franceinfo 12/03/2015

Crise du barrage sur le Nil: le chef de la diplomatie égyptienne en Ethiopie RFI Afrique 26/12/2017

Bientôt une guerre du Nil? Sputniknews.com 15/01/2016

Rio Paraná — Wikipédia

Barrage d'Itaipu : accord historique ou impérialisme brésilien ?, Cécile Lamarque Voltairenet.org

Barrages chinois sur le Mékong — Wikipédia

Un sommet pour sauver le Mékong, menacé par les barrages chinois France 24 10/01/2018

 

 

 

 

 

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