Botswana : les dividendes de la vertu.

19/12/2017

 

« L'ordre ancien doit savoir céder avant de corrompre le nouveau » déclarait Sir Quett Masire en démissionnant de son mandat de président de la République du Botswana en 1998, à l’âge de 73 ans. Souvent critiqués pour leur incapacité à quitter le pouvoir en temps voulu, les dirigeants africains sont pourtant aussi divers qu’il n’existe de régions différentes sur le continent. Dans ce cas précis, cette enclave, entourée de l'Afrique du Sud, de la Namibie, de la Zambie et du Zimbabwe, incarne un centre d’impulsions diplomatiques, économiques et commerciales solides en Afrique australe.

 

Dans quelle mesure le Botswana illustre-t-il alors l’émergence de blocs africains durables  et  divers, en proie  à  des  fragilités  ralentissant  leur  intégration  à  un  système international moderne ?

 

 

Le Botswana est une enclave entourée de l'Afrique du Sud, de la Namibie, de la Zambie et du Zimbabwe.

 

 

Une exploitation des richesses nationales dans un cadre global de développement.

 

Souvent porteuses d’instabilité, les richesses minières d’un pays peuvent être synonymes de salut comme de malédiction. Pourtant, il existe des exemples concrets de bonne gouvernance permettant une redistribution équitable des richesses. Gaborone en est l’illustration. Devenu indépendante en septembre 1966, la République du Botswana nait après quatre-vingt ans de protectorat britannique. Un an plus tard, de nombreuses mines de diamants commencent à être découvertes dans la région. Etonnamment, les institutions étatiques nouvellement créées permettent un encadrement de la rente diamantifère, malgré leur fragilité. La structure sociale précoloniale y joue pour beaucoup, permettant d’empêcher une spoliation de ces ressources par un clan ou une même famille.

 

Dès ses débuts, Sir Serete Khama, premier président du pays, a su initier des politiques publiques multisectorielles pérennes. Elles permettent par exemple de présenter, aujourd’hui, un indice de développement humain (IDH) de 0,7, alors qu’il se trouvait être vingt ans plus tôt à moins de 0,5. Par ailleurs, la lutte continue contre la corruption initiée depuis l’indépendance a permis au « miracle africain » de se situer au 31e rang de l’indice de perception de la corruption publié par Transparency international en 2014. L’exploitation honnête et encadrée de ses ressources minières semble donc avoir constitué pour le Botswana la clé de voûte d’une politique globale de développement. Plus concrète encore que des statistiques brutes, la participation et l’intégration de cet acteur aux différentes organisations internationales dont il est membre démontrent la portée d’une politique efficace qui s’incarne aussi dans sa diplomatie.

 

 

La Mine de Karowe a permis d’extraire le troisième plus gros diamant jamais découvert, appelé Lesedi La Rona.

 

 

 

Une économie de rente se diversifiant progressivement.

 

 

Si le Botswana est une nation enclavée privée d’accès à la mer, il s’avère néanmoins être un acteur complet en matière commerciale. La vente et la transformation du diamant représentaient, ainsi, près de 88% de ses exportations en 2014. Entre 1970 et l’an 2000, cette rente permettra, en partie, d’atteindre une croissance économique de 9% par an en moyenne, digne d’un « Dragon asiatique ». De fait, l’économie botswanaise a connu sa principale dynamique grâce à l’exploitation de ces mines. Mais elle paraît désormais plus diversifiée que cela, un véritable secteur tertiaire ayant progressivement émergé.

 

Ce dynamisme économique n’est pas sans lien avec les relations qu’entretient Gaborone avec une multitude d’acteurs régionaux et internationaux. L’Union douanière d’Afrique australe, dont elle est l’un des membres fondateurs en 1969, constitue l’un de ses principaux partenaires commerciaux. L’Afrique du Sud joue, ainsi, un rôle central dans le développement du pays, représentant plus de 63% de ses importations en 2014. De plus, le Botswana fait partie des membres fondateurs de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), englobant toute une zone partant de Johannesburg à Kinshasa, qui coopère activement avec l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en vue d’une facilitation des échanges commerciaux entre les pays membres de cette région. Malgré son taux de pauvreté dangereusement élevé lors de son accès à l’indépendance, cet ancien protectorat britannique a donc su s’appuyer aussi bien sur ses ressources internes que sur ses relations de voisinage pour construire un cycle économique exponentiel durant plusieurs années, quoique dépendant du cours du carat sur le marché mondial.

 

 

La composition du PIB botswanais (2005) démontre une volonté de diversification.

 

 

Une stabilité politique au service d’une neutralité diplomatique active.

 

Ne disposant pas historiquement d’une armée significative, le pays était destiné dès l’origine à devenir un pays médiateur. Grâce à l’accroissement du budget étatique dû à la rente diamantifère, l’armée botswanaise a connu une hausse de son budget depuis l’indépendance, lui permettant de participer à plusieurs opérations de maintien de la paix en Afrique sous l'égide de l'ONU, telle qu’ONUSOM en Somalie à partir de 1993. Ces diverses opérations militaires ne doivent pas masquer l’importance du dialogue, qui est au cœur de la diplomatie de Gaborone. Quett Masire, président de la République entre 1980 et 1998, illustre par exemple la capacité de son pays à incarner un rôle d’arbitre régional. En effet, il avait participé à la médiation opérée pour mettre fin aux violences entre le gouvernement et le principal parti d’opposition au Mozambique. Il était intervenu, par ailleurs, durant les divers conflits politiques survenus au Kenya ou au Lesotho durant sa présidence. Par la suite, il fût nommé « facilitateur du dialogue intercongolais » entre 2000 et 2003, preuve de la place non-négligeable du Botswana en tant qu’Etat promouvant le respect du droit international.

 

 

 

 

 

Mme. Venson (MAE du Botswana) soutenait explicitement le retour du Maroc au sein de l’UA, comme le montre cette rencontre avec Salahdine Mezouare (MAE du Maroc).

 

 

 

 

Des problématiques sanitaires et sociales ralentissant ses ambitions.

 

 

Si son intégration et son efficacité au sein des organisations internationales dont il fait partie s’avère être non-négligeable, il n’en demeure pas moins que le « pays des Tswanas » (du nom de l’ethnie principale) fait aussi face à des difficultés critiques entravant son développement. La plus symbolique est d’ordre sanitaire, le pays étant touché par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) depuis les années 1990. Selon le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA), 22% de la population adulte était séropositive en 2016. Deuxième nation le touchée au monde, le Botswana connaît donc une crise sanitaire majeure, dont se sont néanmoins saisis les gouvernements successifs depuis 1997. Sous la présidence de Festus Mogae (1998-2008) sera lancé un premier plan de prévention. Ainsi, entre 2003 et 2008, 340 millions de dollars furent par exemple consacrés à la prévention et au traitement des malades. Les résultats apparaissent dès 1998 avec l’inversion de la courbe de personnes nouvellement infectées par an, passant de 36 000 en 1996 à 10 000 en 2016. La coopération des dirigeants botswanais avec l’Organisation mondiale de la santé ainsi qu’avec les divers programmes onusiens de lutte contre des infections comme le VIH ont permis d’aboutir à des résultats concrets, même si la problématique demeure d’envergure encore aujourd’hui.

 

 

                  En conclusion, le Botswana illustre aisément la capacité de certains Etats africains à incarner un modèle de développement original. En utilisant à bon escient les ressources de son sous-sol, il a pu se développer à une vitesse rare, au point d’incarner un phare culturel et économique dans sa région. Tel Narcisse découvrant son reflet à la surface de l’eau, la nation des Tswanas a pu réaliser son potentiel en diagnostiquant ses forces, pour les mettre au profit de son propre développement. Mais la rente diamantifère n’est pas éternelle, les estimations les plus précises spéculant sur un début de tarissement des mines d’ici une quinzaine d’années. La véritable difficulté à venir consiste désormais à démentir le mythe, en ne se noyant pas dans son propre reflet.

 

Annexe sitographique :

 

https://www.senat.fr/ga/ga26/ga26_mono.html

https://www.wto.org/french/tratop_f/tpr_f/tp424_crc_f.htm

http://www.financialafrik.com/2016/12/11/commission-de-lunion-africaine-qui-a-gagne-le- grand-debat/

https://import-export.societegenerale.fr/fr/trouvez-votre-marche/fiche- pays/botswana/indicateurs-commerce

http://www.panapress.com/Masire,-Africa-s-statesman-of-the-year--13-448729-17-lang2- index.html

https://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2012-2-page-29.htm

http://www.rfi.fr/afrique/20160930-cinquantenaire-independance-botswana-croisee-chemins- ian-khama-bdp

http://www.afrik.com/botswana-silence-on-persecute-les-bushmen

http://fr.allafrica.com/stories/200009020015.html

http://acpcongo.com/acp/deces-de-lancien-president-botswanais-ketumile-masire/

http://afrique.lepoint.fr/actualites/botswana-quett-masire-un-president-discret-pour-inspirer-l- afrique-page-2-01-07-2017-2139735_2365.php

http://www.unaids.org/en/regionscountries/countries/botswana

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