Donald Trump à la Maison Blanche: une fiction devenue réalité

Le mardi 8 novembre, les Américains se sont rendus aux urnes pour choisir leur futur 45e président des Etats-Unis au suffrage universel indirect. Pour rappel, le vote de la population permet l’élection de grands électeurs dans chaque Etat. Le parti qui obtient la majorité des suffrages dans un Etat remporte la totalité de ses grands électeurs. Enfin, le premier candidat à obtenir 270 grands électeurs remporte l’élection.

Dans la nuit du 8 novembre, les médias américains ont longtemps tardé à annoncer l’évidence: Donald Trump sera le candidat qui succédera à Barack Obama à la Maison Blanche. La veille encore, tous les sondages prédisaient pourtant Hillary Clinton vainqueur de cette élection. Retour sur une campagne présidentielle marquée par les coups bas et les scandales, et sur les raisons de la victoire pas si inattendue du candidat républicain.

 

 

Le choc de la victoire : une combinaison de mauvaises prédictions

 

 « Stupéfaction » : c’est le mot qui caractériserait certainement le mieux l’état d’une grande partie de la population mondiale au lendemain de cette nuit électorale. La victoire de Donald Trump, si elle était redoutée n’était pourtant pas attendue. Comment expliquer les raisons de cet « aveuglement » général ? À bien des égards on peut penser que cette illusion est le résultat d’un mépris assez global pour le candidat républicain. Pourtant, il semble que cette surprise ait également été due à certains défauts d’analyses notamment statistiques.

Force est de constater ainsi en premier lieu que le taux de participation de l’électorat républicain n’avait pas bien été estimé. D’ordinaire, le vote républicain est significativement inférieur à celui des démocrates. Or, la tendance des dernières élections semble plutôt avoir été marquée par une « mobilisation » de l’électorat républicain face à une « hésitation » de l’électorat démocrate. C’est bien cette mauvaise combinaison d’une abstention démocrate - pour une candidate qui dès les primaires ne faisait pas l’unanimité - et d’un vote républicain plus nombreux qui a contribué à ce résultat choc.

Dès lors, il semble légitime de questionner la qualité des sondages et autres analyses statistiques menées par les instituts de sondages américains. Contrairement à la France qui crée des échantillons représentatifs de la population pour fonder ses statistiques, les instituts de sondages américains utilisent une méthode aléatoire qui de toute évidence a faussé leurs pronostics. À la décharge toutefois de ces analystes il faut souligner les très probables dissimulations d’intentions de votes qui ont marqué cette élection. À une semaine des résultats il semble assez clair qu’une partie significative de l’électorat Trump n’avait pas « assumé » son vote. Doit-on remettre en cause des médias américains pour le moins partiaux voire stigmatisants durant ces campagnes 

 

 Les chiffres clefs de la campagne américaine. Source: Diplo'Mates. 

 

 

Donald Trump, un candidat populaire

 

De toute évidence, Donald Trump dispose d’une très mauvaise image en dehors des Etats-Unis : il est vu comme un homme d’affaires milliardaire, misogyne et sans expérience politique. Mais l’opinion que véhicule la presse américaine pro-démocrate et étrangère n’est pas celle qui s’est révélée être partagée par une bonne partie des Américains. En réalité, le candidat républicain est populaire aux Etats-Unis. Il est connu pour avoir participé à l’émission de téléréalité The Apprentice, pour ses nombreux hôtels et résidences luxueuses, son divorce retentissant et ses faillites. À première vue, son franc-parler, souvent sans-limite à l’image de ses nombreux débordements sur Twitter – on se souvient notamment de ses tweets incendiaires sur l’ex Miss Univers Alicia Machado – semble avoir plu à une partie de la population américaine lassée par le politiquement correct et la langue de bois de « l’establishment », cette élite qu’Hillary Clinton semble avoir incarné durant toute sa campagne.

Au lendemain de l’élection, de nombreux médias semblent avoir tiré une conclusion rapide visant à assimiler la victoire de Donald Trump à celle d’une classe populaire américaine contre cet « establishment ». S’il est vrai qu’une partie de l’électorat Trump a voté contre les élites de Washington et des grandes villes, il s’agit de ne pas tisser de liens trop rapidement. Si une partie de la classe populaire notamment issue des milieux industriels a pu s’identifier à Donald Trump en tant qu’ « artisan de sa propre réussite », le futur président des Etats-Unis est un pur produit des élites New-Yorkaises, richissime, et bien éloigné des classes ouvrières. Ainsi, s’il est vrai que l’Amérique profonde semble souffrir de ce « mépris de classe », la victoire de Donald Trump n’est pas à limiter à un rejet de « l’establishment ». Plus profondément, c’est d’un vrai conflit identitaire que semble venir ce malaise auquel le candidat républicain doit en grande partie son élection.

 

 Donald Trump sur les écrans de l'université du Nevada, à Los Angeles en octobre 2016. Source: www.franceculture.fr

 

D. Trump semble ainsi avoir su profiter du climat de haine et de division du pays face aux problématiques identitaires et raciales pour gagner cette élection. Les esprits sont encore marqués par les scandales autour de la mort d’Afro-américains tués par des policiers dans le sud du pays. Ces agressions avaient récemment entraîné des tensions dans plusieurs Etats, notamment en Caroline du Sud où des manifestations violentes avaient eu lieu en septembre à la suite de la mort de Keith Lamont Scott à Charlotte. Donald Trump aurait ainsi su capitaliser le retour des problématiques raciales en s’assurant les votes des Américains blancs des Etats du centre et du Sud. D’autre part, sa volonté de limiter l’arrivée des immigrants sur le territoire américain et de renvoyer une partie de ceux présents illégalement a séduit. “Remember, remember always, that all of us, you and I especially, are descended from immigrants and revolutionists” disait Franklin D. Roosevelt, mais la moitié de la population américaine en âge de voter semble l’avoir oublié.

L’augmentation des inégalités économiques chez la première puissance mondiale semble aujourd’hui fondre aux problématiques sociales. On assiste à une véritable remise en cause identitaire d’une partie de la population américaine se sentant lésée, mise à part, voire presque illégitime. Il semble qu’une des forces de Trump ait été de saisir cette « colère » de l’ombre que la presse américaine cherchait à oublier sinon à masquer au travers de ses sondages peu objectifs. On peut ainsi véritablement parler de désinformation, pas seulement durant ces campagnes où le manque d’impartialité des médias nationaux est apparu clairement, mais également de manière plus générale - où l’opinion publique américaine est manipulée à loisir par les médias.

 

 

Pourquoi l’Amérique a-t-elle dit « non » à Hillary Clinton ?

 

De son côté, Hillary Clinton n’a pas su inspirer les foules dans une campagne où s’opposaient deux candidats particulièrement impopulaires. Son honnêteté et sa capacité à gouverner ont été remises en question à plusieurs reprises durant une campagne houleuse, remuée par de nombreux scandales. La candidate démocrate divise les foules dès ses débuts, elle est impopulaire chez ses adversaires et n’est pas acceptée avec une égale ferveur dans son propre camp. Il faut rappeler que son parcours politique antérieur a été jalonné de revers divers : échec de son groupe de travail sur la réforme de l’assurance maladie en 1992, défaite aux primaires en 2008, mise à l’écart par l’équipe Obama lorsqu’elle est secrétaire d’Etat et enfin LE scandale autour de l’utilisation de sa messagerie privée pour des affaires confidentielles alors qu’elle était secrétaire d’Etat sous le premier mandat de Barack Obama. Ce scandale, remis a sur la table à quelques jours du vote par James Comey le directeur du FBI, aura été le plus dommageable pour la campagne d’Hillary Clinton. Sans oublier les informations trompeuses véhiculées par Donald Trump sur son compte, notamment via les réseaux sociaux.

Malgré le soutien de nombreuses stars américaines telles que Ellen Degeneres, Beyoncé ou Jay Z, mais surtout Michelle et Barack Obama, Hillary Clinton n’a jamais réussi à susciter un engouement autour de sa personne, comme le témoigne les derniers sondages du New York Times. Par exemple, le taux de participation en Californie, un Etat pro-démocrate, pour les élections de 2016 est de 43,5%, alors qu’il était de 55,1% en 2012. De même, on aurait pu penser que son statut de potentielle future première femme présidente des Etats-Unis aurait pu participer à un vote en sa faveur – en particulier face aux propos violemment misogynes de son adversaire – mais là encore les chiffres parlent et relativisent cette idée. Selon les derniers sondages publiés dans un article du Monde du 9 novembre dernier, si l’électeur type d’Hillary Clinton reste une femme (54% de ses votes), les femmes représentent également 41% des votes en faveur du candidat républicain...

 

 Hillary Clinton après son discours de défaite, le 9 novembre à New York. 

Source: 20minutes.fr

 

 

Donald Trump prendra donc officiellement ses fonctions le 20 janvier, après une période de transition de deux mois. L’avenir des Etats-Unis est encore flou et le monde entier attend de voir les premiers résultats de la future présidence plus que controversée de Donald Trump. Celui-ci semble avoir déjà reculé sur certaines promesses de campagne (comme sa volonté d’interdire l’entrée des musulmans sur le territoire américain ou de supprimer l’Obamacare). En tout cas, son tempérament colérique et ses déclarations choquantes et parfois sans fondement réel lors de sa campagne laissent la communauté internationale perplexe. Pour l’instant, le monde semble encore sous le choc et des manifestations anti-Trump se sont lancées dans toutes les grandes villes de Californie, à New York ou à Chicago, dans lesquelles des militants brandissent des pancartes où l’on peut lire « Not my president ». Difficile de mesurer encore l’impact que peut avoir cette élection à l’échelle mondiale mais sans être alarmiste on peut déjà craindre des évolutions de certaines grandes alliances stratégiques. Ainsi, le Japon, la Corée du Sud et certains pays d’Asie du Sud-Est craignent notamment une remise en cause des accords de sécurité les liants à Washington. Quant à l’Europe, l’accession de Donald Trump à la tête des Etats-Unis ne fait qu’accentuer le risque de voir les extrêmes politiques prendre la tête de nos démocraties européennes.

 

Barack Obama recevait son successeur le 10 novembre à la Maison Blanche

Source: 20minutes.fr

 

 

Sources :  

http://www.cnn.com/2016/11/10/politics/why-donald-trump-won/

http://www.lorientlejour.com/article/1017528/de-quoi-le-trumpisme-est-il-le-nom-.html

http://www.cnn.com/election/results

http://www.cnn.com/election/results/exit-polls/national/president

http://journalmetro.com/monde/1048430/les-fausses-nouvelles-au-service-de-donald-trump/

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/11/09/elections-americaines-l-abstention-en-hausse-par-rapport-aux-annees-obama_5027949_4355770.html

http://rue89.nouvelobs.com/2016/11/12/hillary-clinton-a-t-perdu-a-cause-plafond-verre-265619

http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/11/13/01040-20161113ARTFIG00047-hillary-clinton-accuse-le-directeur-du-fbi-d-etre-responsable-de-sa-defaite.php

http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/06/28/01040-20160628ARTFIG00116-elections-americaines-trump-ne-veut-plus-fermer-la-porte-aux-musulmans.php

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/11/05/97001-20161105FILWWW00019-la-fondation-clinton-mise-en-cause.php

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/10/portrait-robot-de-l-electeur-de-trump_5028566_829254.html

http://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/contrairement-aux-etats-unis-les-sondages-fonctionnent-en-france_1912815.html

http://www.lalibre.be/actu/usa-2016/trump-a-t-il-profite-de-l-important-taux-d-abstention-5824734ccd70958a9d5f60db

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211479137419-dominique-reynie-lelection-de-trump-nest-pas-une-surprise-2041692.php

http://www.lesechos.fr/monde/elections-americaines/0211480456542-une-perspective-angoissante-pour-lasie-2041715.php#xtor=CS1-25

 

Sources des images

Source del'image du bandeau (page d'accueil): http://www.slate.fr/story/123091/sondage-trump-clinton

http://www.20minutes.fr/monde/1959819-20161110-donald-trump-president-barack-obama-evoque-premiere-excellente-conversation-maison-blanche

http://www.20minutes.fr/monde/1959087-20161109-video-trump-president-cinq-moments-forts-ultime-discours-hillary-clinton

https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-mediatique/les-medias-traditionnels-face-lelection-de-trump

 

 

Sources des données de l'infographie

http://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/elections-americaines/etats-cles-et-grands-electeurs-les-maths-de-l-election-americaine-4587879

http://www.20minutes.fr/monde/1955127-20161108-presidentielle-americaine-2016-campagne-hors-normes-resumee-chiffres

http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/11/09/les-swing-states-penchent-pour-donald-trump_5027733_829254.html

 

Please reload

SUIVEZ-NOUS
NE MANQUEZ RIEN
ARTICLES RÉCENTS
Please reload

NOS PARTENAIRES
  • Facebook Social Icon
  • Twitter Social Icon
  • Instagram Social Icon
  • YouTube Social  Icon

Diplo'Mates

L'équipe

A propos

Nos actions

Journalisme

Blog

Weekly Diplo

Infographies

© 2020 by DIPLO'MATES | diplomates@em-lyon.com

Diplo'Mates, association étudiante géopolitique

Diplo d'Or

Le concours

Edition 2017

Edition 2018

Edition 2019

Evénements

MUNs

Visites

Conférences

Tables-rondes

Contact

Nous contacter

Devenir partenaire