Les FARC, une guérilla colombienne (2/2): enfin la paix en Colombie?

Les FARC sont une guérilla marxiste qui ravage la Colombie depuis plus de 50 ans. Puisant leurs origines dans une révolte paysanne, elles se financent par la culture de la coca sur des champs spoliés et l’extorsion. Plusieurs processus de paix ont été tentés depuis les années 1990, sans succès. Mais le président colombien Juan Manuel Santos a encouragé des pourparlers de paix qui ont abouti à un accord entre le gouvernement et les FARC. Or cet accord de paix a été rejeté par referendum du 2 octobre 2016, ce qui a surpris tout le monde. Cela ne veut pas dire pour autant que les Colombiens refusent la paix avec les rebelles, mais ils dénoncent un accord trop favorable pour ces derniers. Revenons sur les raisons du « non » à l’accord de paix avec les FARC.

 

Le président colombien Juan Manuel Santos (gauche) et le chef des FARC Timochenko (droite) avec l’accord de paix signé, le 26 septembre 2016 - Source : BBC

 

 

Les espoirs d’un accord de paix

 

Les négociations, marquées par de nombreux rebondissements, ont débuté en 2012 à La Havane sous l’égide de Cuba et de la Norvège. Quatre années ont été nécessaires pour parvenir à un accord de paix de 297 pages, finalisé et rendu public en 2016. Fait notable, aucun cessez-le feu n’a été en vigueur entre le gouvernement colombien et les FARC durant les tractations, même si dans les faits les violences ont diminué au fur et à mesure. Cet accord de paix est aussi important pour Cuba, qui veut démonter par ce moyen sa capacité à jouer un rôle diplomatique en Amérique Latine. Un signal fort de la fin des violences est l’application d’un premier cessez-le-feu bilatéral et définitif est en vigueur depuis le 29 août 2016.

 

L’accord en lui-même a été signé le 26 septembre 2016 à Carthagène des Indes (Colombie) entre le gouvernement colombien et les FARC. Il comporte cinq volets principaux :

- La fin des affrontements et le désarmement des 5765 guérilleros restants (sous supervision de l’ONU) ainsi que leur réinsertion dans la vie civile.

- Une réforme agraire qui consiste en la restitution et l’indemnisation des terres aux paysans expropriés.
- La lutte contre le narcotrafic avec la fin de la culture de la coca par les FARC et la mise en place de cultures de transition. Ce volet comprend aussi le déminage des champs, la Colombie étant le deuxième pays le plus miné au monde (après l’Afghanistan), avec près de 11.500 victimes de mines antipersonnel.
- La réparation morale, matérielle et un dédommagement financier des victimes dans le cadre d’une justice transitionnelle. Cette dernière comprend aussi la création d’une commission de vérité et de tribunaux spéciaux pour juger les guérilleros mais aussi les forces de l’ordre et les civils impliqués dans les exactions commises. Cependant, l’accord stipule que la plupart des ex-guérilleros devraient être amnistiés s’ils admettent leur implication au sein des FARC. Les chefs des FARC, quant à eux, devraient encourir des peines allant jusqu’à huit ans de prison.

- Une représentation politique des FARC assurée avec dix sièges réservés au Congrès (cinq sièges pour la chambre des députés et cinq sièges pour le Sénat). D’autre part, elles bénéficient aussi de la garantie d’avoir un parti politique pouvant se présenter aux élections.

 

C’est là que le bât blesse. En effet, outre l'extorsion, la prise d'otages, l'enlèvement contre rançon, le trafic de drogue, le recrutement forcé de mineurs, les FARC ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Or le volet de la justice transitionnelle de l’accord permettrait aux chefs de la guérilla et aux généraux de l'armée de bénéficier de peines purement symboliques. L’organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a dénoncé de « graves déficiences » dans le texte. Ainsi une partie de la population colombienne, qui a souffert du conflit, ne peut accepter l’impunité accordée aux FARC, ce qui explique sa réticence vis-à-vis de l’accord. L’ancien président Alvaro Uribe est devenu le porte-voix de ce mouvement, et a milité pour le « non » au referendum. Il exige une renégociation de l’accord en des termes beaucoup moins favorables aux FARC, avec de plus longues peines de prison et sans possibilité de représentation politique.

 

L’accord de paix a pourtant reçu un large soutien de la communauté internationale. Par l’organisation d’un referendum, le président Juan Manuel Santos voulait assurer à l’accord la plus large légitimité possible, alors même que ce referendum n’était pas obligatoire pour la mise en œuvre de l’accord. Les derniers jours avant le referendum ont été marqués par les premières excuses publiques aux victimes du commandant en chef des FARC, Timoleon Jiménez ou Timochenko, de son vrai nom Rodrigo Londono. Pour certains, ces excuses ont été trop tardives.

 

 

 

Un accord de paix trop laxiste ?

 

Le referendum du 2 octobre a vu le « non » à l’accord de paix triompher - d’une très courte majorité, 50,21% des voix -. Le résultat (marqué par abstention de 62%), a surpris tout le monde, d’autant plus que les sondages prévoyaient une large victoire du « oui », et a mis le gouvernement dans une impasse.

 

Le refus de l’accord de paix négocié par le gouvernement a révélé qu’aujourd’hui en Colombie il y a un consensus général sur un accord de paix avec les FARC, mais ce sont les modalités de cet accord qui divergent, certains dénonçant une impunité pour les crimes et exactions commis.

 

Le gouvernement a confirmé une nouvelle phase de dialogue avec les responsables de la guérilla, et une « commission pour le dialogue » a été créée. Les FARC, pour leur part, ont déclaré qu’ils ne veulent pas remettre en question leur volonté de paix, et qu’ils maintiennent le cessez-le-feu jusqu’au 31 décembre 2016. Or même si les volontés de paix sont maintenues, le « non » a refroidi les interlocuteurs, et l’accord a été si difficile à négocier que certains craignent qu’un retour à la table des négociations ne fasse exploser les deux camps. Or il paraît difficile que les dirigeants des FARC acceptent de signer un nouvel accord en leur défaveur…la renégociation s’annonce difficile.

 

« La paix pour la Colombie » Source :  Courrier International, par le dessinateur cubain Falco

 

Une autre des raisons qui expliquent la victoire inattendue du non est le fait que la Colombie, en conflit armé pendant près d’un demi-siècle, a mis au second plan toutes les réformes sociales et le développement de son économie au travers de réformes structurelles. Certaines élites, propriétaires terriennes, craignent donc qu’avec l’arrêt du conflit, d’autres contestations sociales surgissent, notamment sur le sujet de la répartition des terres, problématique intrinsèque à l’Amérique Latine.

 

 

 

Un futur incertain

 

Le Congrès a toutefois le pouvoir de ratifier l’accord de paix, mais le refus exprimé par les colombiens met à mal cette possibilité. La paix avec les FARC semble compromise durablement, et le gouvernement est dans une situation critique. A cela s’ajoute une crise politique, car le « non » du referendum a décrédibilisé l’actuel président Juan Manuel Santos au profit de Alvaro Uribe, beaucoup plus charismatique. Or pour certains, l’attitude d’Alvaro Uribe serait plus guidée par sa candidature aux élections présidentielles de 2018 que par une réelle renégociation de l’accord.

 

Pourtant, le président Juan Manuel Santos s’est vu récompensé de ses efforts en faveur du processus de paix avec les FARC en se voyant décerner le prix Nobel de la paix 2016, déclarant qu’il reverserait l’intégralité de l’argent accompagnant le prix (828 000 euros) aux victimes du conflit armé.

 

Le président colombien Juan Manuel Santos (gauche) et son prédécesseur, Alvaro Uribe (droite) – Source : BBC

 

La fin du conflit avec les FARC offrirait pourtant à la Colombie l’opportunité de consolider son développement économique et commercial, et de réinvestir les dépenses militaires allouées à la lutte contre les FARC pour le développement économique.  L’arrêt des hostilités signerait aussi une certaine stabilité et serait un signal fort pour de potentiels investisseurs dans le pays.

 

D’autre part, il existe une autre guérilla colombienne encore active, l’Armée de libération nationale (ELN), avec qui le gouvernement voudrait ouvrir des pourparlers.

 

Suite au « non » du referendum du 2 octobre, la pacification du pays est mise à mal par une impasse politique. La question est de savoir maintenant quelle va être l’attitude du président Juan Manuel Santos face à cette crise. D’un côté, il voudrait faire passer la paix avant tout, quitte à avoir un accord imparfait, mais d’un autre côté il ne peut ignorer la volonté du peuple qui exige une renégociation. Il faut agir vite, car le temps presse : les élections présidentielles de 2018 approchent, et les ambitions électorales de Alvaro Uribe risquent de monopoliser l’opinion publique et de reléguer l’accord de paix au second plan.

 

 

 

 

 

Sources des images: 

http://www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-37445224

http://www.courrierinternational.com/dessin/colombie-le-choix-des-armes

 

Source de l'image du bandeau:

http://www.45enord.ca/2016/10/colombie-les-farc-se-dispersent-suite-au-rejet-de-laccord-de-paix/

 

Synthèse des différentes guérillas de Colombie :

http://www.courrierinternational.com/depeche/colombie-le-plus-ancien-conflit-des-ameriques.afp.com.20161007.doc.gx7a7.xml

http://www.courrierinternational.com/article/farc-les-colombiens-sont-ils-decides-mettre-fin-la-guerre

 

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