Syrie : récit d'un conflit dans l'impasse

     Cela fait désormais plus de 4 ans que la Syrie connaît le chaos d’un conflit interminable. Une guerre sans fin aux conséquences humaines dramatiques et qui soulève bien des questions sur le plan géopolitique. Retour sur un embrasement régional à la répercussion internationale.

 

 Source : La Croix

 

UN CONTEXTE DE GUERRE CIVILE

 

    Dans un contexte proche du Printemps Arabe, l’objectif concret de renversement du régime du dictateur Bachar el-Assad par l’Armée syrienne libre (ASL, fondée en 2011) est perçu comme du pain béni par les démocraties occidentales. Notamment appuyée, financée, et équipée par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, ainsi que de nombreux pays de la péninsule arabique, l’ASL aura longtemps su tenir tête à l’armée gouvernementale lors d’une guerre dévastatrice sur plan humain. Mais depuis 2014, l’ASL n’est plus en position de force face au régime. Elle ne compte en effet plus que le gouvernorat de Deera (à l’extrême Sud du pays) comme zone sous son contrôle. Ses effectifs sont eux difficilement estimables. Les experts s’accordant sur le fait qu’ils oscillent entre 20 000 et 15 000 hommes, alors qu’environ 140 000 hommes actifs en formaient les rangs en 2013. Comment l’ASL s’est-elle retrouvée dans une position si fragile, elle qui semblait en mesure de tenir tête au régime ?

 

   Malgré un soutien financier et logistique extérieur, l’ASL commence dès l’été 2012 à devenir la cible de critiques et controverses. Pour cause, la commission d’enquête sur la Syrie des Nations Unies délivre un compte-rendu rapportant que « des crimes de guerre, incluant des meurtres, des assassinats extra judiciaires et des tortures ont été commis par les groupes armés anti-gouvernementaux. Toutefois ces violations et abus n'étaient pas de la même gravité, fréquence et échelle que ceux commis par les forces gouvernementales syriennes ». Ces dérives – plus clairement qualifiées de crimes contre l’humanité – entraînent progressivement des scissions au sein d’un groupe qui se veut pourtant uni autour de valeurs humaines et démocratiques.


     L’émoi occidental causé par ces violences est par ailleurs accentué par l’ambiguïté des alliances de l’ASL à des groupes islamistes (Al-Nosra et Ahrar al-Sham), certes utiles au cours de grandes batailles (notamment celle d’Alep), mais regardées avec la crainte mondiale d’une résurgence d’un islamisme armé, embrasant déjà l’Irak. En 2013, un leader de l’ASL déclare : « les groupes, même sous la bannière de l’ASL, font ce que bon leur chante. En outre, beaucoup d’entre eux quittent publiquement ou non l’ASL pour rallier les groupes dits islamistes ». Il est complété par Le Monde en 2014 qui affirme que certains groupes rattachés à l’ASL l’était plus sous une forme de « rébellion » courte que d’une « coalition bien structurée » et durable. La montée en puissance de l’Etat Islamique dans la région aura quant à elle sans doute précipité l’endiguement des groupes formant l’ASL.

 

 

DAESH REPREND LA MAIN

 

    Descendant indirect d’Al-Qaida en Mésopotamie (fondé en 2004 pour lutter contre l’armée américaine), l’EI s’impose d’abord en Irak, à partir de 2006. Repoussés au Nord-Ouest de l’Irak par les forces américaines et leurs alliés, les djihadistes se marginalisent, et se recyclent en Syrie, en pleine période d’instabilité, grâce à la porosité des frontières. Finalement, une guerre sans merci permet à l’EI de prendre le pas sur l’ASL et sur une armée gouvernementale en désarroi, au cours de laquelle plus de 6 000 hommes meurent. Avantagé par des moyens financiers et militaires conséquent (cf notre infographie sur l’EI), Daesh a peu à peu pris le contrôle de nombreuses zones.

 

    En Irak, l’EI a su profiter de la marginalisation des populations sunnites par le gouvernement chiite irakien pour y revenir, et s’emparer de grandes villes telles Ramadi, Fallouja et Mossoul. Le conflit confessionnel islamique qui oppose chiites et sunnites, et qui a vu l’Iran et l’Arabie Saoudite lutter par procuration quant à une intervention militaire contre l’EI, marque le pas d’une guerre de longue haleine, idéologique, forte de valeurs religieuses qui vont au-delà de l’anti-américanisme.

   

    Ainsi, un corridor djihadiste entre l’Irak et la Syrie se met en place, et l’EI proclame l’instauration en 2014 d’un Califat sur ces 215 000 km² de terres contrôlées, d’Alep (ville du Nord de la Syrie) à la Province de Diyala (proche de Bagdad). Une zone quasi équivalente en surface au Royaume Uni et dont les populations locales sont entièrement sous le joug de l’organisation terroriste.

 

    Un an plus tard, l’EI est en constante progression. Exceptés quelques rares revers militaires, il ne rencontre pas de frein à son développement, que ce soit sur le plan militaire, humain ou administratif. Reposant sur le sentiment d'humilation et un désir de vengeance, sa doctrine n'est pas seulement imposée dans les zones sous contôle, elle reçoit également le soutien prononcé d'une partie de la population.

 


UNE SITUATION HUMANITAIRE DESASTREUSE

 

    Dévastée par la guerre, la Syrie a vu les combats s’intensifier cette année. Près de 220 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit et 12,8 millions de personnes ont besoin d'urgence d'une aide humanitaire. Plus de 50 % de la population syrienne est actuellement déplacée. Les civils sont la cible des forces gouvernementales qui bombardent des zones d'habitation et des installations médicales au moyen de tirs d'artillerie et de mortier, de barils explosifs et d'agents chimiques. Les populations se retrouvent encerclées et privées de nourriture dans des villes sous siège. Ces dernières sont également privées de soins et autres services de première nécessité.

 

  Amnesty International recense des arrestations arbitraires, des détentions longues et des disparitions forcées. Les pratiques de torture et d'autres formes de mauvais traitements sur les détenus sont systématiques. Toujours selon Amnesty International, des milliers de détenus sont morts des suites de torture ou en raison de conditions très dures. « Les groupes armés non étatiques, qui contrôlaient certaines zones et en revendiquaient d'autres, bombardent de manière aveugle et assiégent des secteurs où se trouvent des populations civiles considérées comme favorables au régime. Certains, en particulier le groupe armé État islamique (EI), ont perpétré des attentats-suicides aveugles et d'autres attaques à l'explosif dans des zones civiles, et commis de nombreux homicides illégaux – ils ont notamment exécuté sommairement des personnes capturées et des opposants présumés » souligne par ailleurs l’organisation humanitaire.

 

   Au milieu de cette lutte de pouvoir, les civils sont donc en première ligne de ce qui s’apparente désormais à une tragédie humanitaire. Face à l’horreur, les populations déjà décimées n’ont semble-t-il pas d’autres alternatives que celle de fuir le chaos syrien, en quête d’espoir vers l’inconnu.

 

 

L’ACCUEIL DES MIGRANTS

 

    Partir. Partir vers un avenir meilleur. Voilà ce qui semble être l’unique solution qui s’offre au peuple syrien. Les pays voisins de la Syrie, à commencer par le Liban (qui accueille l’équivalent d’un quart de sa population en réfugiés), la Turquie (2 millions), et puis finalement l’Europe, font face à des flux migratoires aux proportions conséquentes. Comme le cite Le Monde à l’été 2015, des villes comme Rome, Milan, Paris, Calais, etc. voient grossir des campements surpeuplés, et s’avèrent démunies face au problème qualifié aujourd’hui « Crise des Migrants ».

 

    Cette crise, avant tout humanitaire, s’explique par le peu de moyens dont disposent les foyers d’accueil. Mais cette crise est aussi morale ; l’Union Européenne se crispant dans ses fondements même. En effet, des politiques accusent le principe de libre circulation dans l’espace Schengen d’être coupable d’un surpeuplement de réfugiés, dans des zones bien précises. A titre d’exemple, Londres entend sécuriser davantage sa frontière avec la France (Douvres/Calais), l’Allemagne avec l’Autriche, la France avec l’Italie, etc. Des murs se dressent en Europe, à Ceuta, à Melilla, entre la Grèce et la Turquie sur le Détroit de Bosphore, en Hongrie – où les fils barbelés sur la frontière avec la Serbie, emprisonnant des réfugiés cherchant à tout prix à passer, suscitent beaucoup d’émotion dans le monde.

 

    Dans des temps où les discours de haine resurgissent, la légitimité de ces murs n’est toutefois pas l’unique débat. Les réfugiés syriens, tentant de fuir l’horreur arrivent clandestinement en Italie ou en Grèce, puis souhaitent en majorité atteindre l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la Suède. En conséquence, une mauvaise répartition des réfugiés – principalement présents en Hongrie, Allemagne, Italie, France, Suède et Autriche. Les pays baltes, la Pologne, le Portugal, ou même l’Irlande par exemple n’en accueillent que très peu. Face à cette accueil inégalitaire où les pays Européens se rejettent la responsabilité des migrants morts dans leur quête pour l’Europe, certains remettent en cause la politique d’asile des Accords de Dublin (2013) obligeant les pays d’entrée des migrants à accueillir les réfugiés.

 

    Rappelons qu’une proposition de la Commission Européenne sur la mise en place de quotas d’accueil de demandeurs d’asile, calculés sur la base de données territoriales, de population, et même de chômage a déjà avorté, plus tôt en 2014, suite aux rejets de l’Espagne et des pays baltes notamment. Mais les engagements volontaires de certains sont en-dessous des besoins (l’Espagne et la Hongrie figurent entre autres parmi les mauvais élèves), raison pour laquelle nous assistons à une hausse de ton d’Angela Merkel et François Hollande, en tête, voulant rappeler à leurs confrères que l’Union Européenne comporte des droits, mais aussi des devoirs incontestables, parmi lequel celui l’accueil de réfugiés de guerre .

 

 

DES DECISIONS QUI SE FONT ATTENDRE

 

    Alors que la Russie a décidé d’intervenir en Syrie, la réponse de l’Europe et des autres puissances mondiales se fait attendre. Critiqué pour son manque d’efficacité, l’occident voit resurgir la peur d’un enlisement au Moyen-Orient. Les intérêts géopolitiques de chacun prenant le dessus, sommets après sommets, réunions de crise après réunions de crise, les décisions peinent à émerger. Pour preuve, vendredi 23 octobre, suite à une nouvelle réunion diplomatique dans la capitale autrichienne, lemonde.fr titrait « Syrie : pas d'accord à Vienne, où le sort d'Assad continue de diviser ». Le conflit lui n’attend pas et la catastrophe humanitaire se poursuit.

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