Elections en Israël : nouvelle défaite du camp de la paix?

01/04/2015

  “Contre toute attente : une grande victoire pour le Likoud, une grande victoire pour le camp national emmené par le Likoud, une grande victoire pour le peuple d'Israël”. Voilà le tweet laconique de Benyamin Netanyahu, l’homme fort d’Israël, au soir du mardi 17 mars et de la victoire du Likoud, son parti.

  Pourtant, la formation de droite nationaliste du premier ministre est loin des 61 sièges sur 120 lui garantissant une stabilité gouvernementale “à la française”, avec une majorité de bloc et sans la contrainte de former une coalition. Le Likoud obtiendrait ainsi 29 sièges à la Knesset (parlement), contre 24 sièges pour l’Union sioniste, cette union de centre-gauche initiée par le parti travailliste.

 

 

 

DES SURPRISES

 

  Comme le rappelle le premier ministre, cette courte victoire était considérée comme impossible il y a seulement quelques semaines. En effet, donné perdant, le Likoud a su remonter son retard sur les dix derniers jours de cette campagne. Et ceci n’est pas sans importance. En Israël, c’est le parti arrivé premier à la sortie des urnes qui doit être désigné par le Président pour tenter de former un gouvernement de coalition. C’est désormais chose faite, depuis le mardi 25 mars dernier et la remise des résultats officiels au Président, lui aussi membre Likoud, Reuven Rivlin.

Israël est, rappelons-le, une démocratie fonctionnant au scrutin proportionnel plurinominal (chaque parti présente une liste de candidats aux électeurs), le rôle du Président étant en pratique purement honorifique. Netanyahu est donc chargé de former un gouvernement qui sera, compte tenu des résultats, basé sur une coalition allant du centre à l’extrême droite nationaliste d’Avigdor Liberman.

  Ce retard, Benyamin Netanyahu l’a rattrapé grâce à des positions très tranchées prises dans les derniers moments de la campagne, se déclarant très fermement contre la formation d’un Etat palestinien, contre l’arrêt ou l’évacuation des colonies dans les territoires palestiniens.

  L’autre grande surprise de cette élection est la relative absence dans le débat de la situation du conflit entre Israël et la Palestine. En effet, si c’est sur ce thème que Benyamin Netanyahu a regagné sa popularité au cours des dernières semaines, le débat a été tourné vers l’idée d’un retour au sionisme et à ses premiers penchants religieux. Près de 70 ans après la création de l’Etat d’Israël, qui a été historiquement tourné vers le la laïcité et le socialisme, avec les Kibboutz qui ont été parmi les seules expériences collectivistes réussies de l’Histoire, quel est le sens de ce retour à l’identité religieuse ? D’un pays fièrement laïc, Israël est en effet devenu aux cours des dernières décennies un pays de plus en plus marqué par un retour de la religion dans la sphère publique et politique.

  Surprenant, le score de la Joint List l’est également. Avec 13 sièges remportés sur les 120 que compte la Knesset, la liste menée par Ayman Odeh, obtient 3 sièges de plus que l’ensemble de ses composantes aux dernières élections. Cette liste regroupe le parti communiste israélien Hadash et trois partis arabes allant des nationalistes palestiniens aux socialistes arabes.

 

Des partisans de B. Netanyahu au siège du parti le 17 mars 2015

 

 

BASCULEMENT A DROITE DE LA POLITIQUE ISRAELIENNE

 

  Si une courte majorité atteinte par les partis allant du centre à l’extrême gauche israélienne serait mathématiquement possible, on s’oriente vers une alliance allant du centre à l’extrême-droite de la Knesset. Quoi qu’il en soit, la plupart de ces partis ont refusé par avance la formation d’une éventuelle coalition aussi large sur le spectre politique.

  Avec cette élection de la 20ème assemblée, une tendance de fond se dessine en Israël : les discours identitaires et agressifs sur des thèmes comme les colonies, la formation d’un Etat palestinien et le sionisme sont de plus en plus porteurs. Le Likoud et l’Union sioniste des travaillistes se disputant le titre du parti le plus sioniste.

  Depuis 2001 et l’arrivée du chef du Likoud Ariel Sharon au poste de premier ministre, le pays n’a connu que 3 années sans premier ministre de droite : avec le même Ariel Sharon et son successeur Ehud Olmert du parti centriste Kadima.

 

 

PRESSION DIPLOMATIQUE DES ETATS-UNIS ET VOLTE-FACE DE NETANYAHU

 

  Suite aux déclarations tonitruantes de Benyamin Netanyahu sur son refus d’une solution à deux Etats qui lui ont permis de gagner cette élection, les Etats-Unis, soutien indispensable d’Israël, ont déclaré via Josh Earnest, porte-parole de B. Obama : “Aux Nations Unies, les décisions prises par les Etats-Unis étaient fondées sur cette idée d’une solution à deux Etats, [mais] maintenant que notre allié a dit qu’il n’était plus engagé dans cette voie, nous devons réévaluer notre position et c’est ce que nous ferons”.

   Privé du soutien américain, et du véto au Conseil de sécurité que cet allié a systématiquement mis sur les résolutions relatives à Israël, et qui sont la garantie absolue de la sécurité et de la souveraineté du pays, Benyamin Netanyahu a du se rétracter. Devant les médias américains, le chef de file du Likoud a ainsi déclaré l’inverse de ce qu’il avait annoncé avant le scrutin : “Je veux une solution durable à deux Etats. Je n’ai pas changé de politique. Ce qui a changé, c’est la réalité”.

 

 B. Obama et B. Netanyahu à Jérusalem le 20 mars 2013

 

 

VERS UNE RELANCE DU PROCESSUS DE PAIX?

 

  Dans une situation où Israël voit ses relations se tendrent avec son principal allié, les Etats-Unis, un plan de paix présenté par les américains et l’Union européenne et approuvé tel quel par israéliens et palestiniens devient de plus en plus d’actualité. Ceci pousserait le gouvernement Israélien à s’orienter vers la relance de propositions.

  Le camp de la paix a perdu dans les urnes au soir du mardi 17 mars, mais son retour pourrait enfin avoir lieu avec la bénédiction des Etats-Unis.

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