Elections anticipées au Japon : pari politique réussi pour Shinzo Abe

27/02/2015

 

  Confronté à l’essoufflement des Abenomics censées remettre l’archipel sur la voie d’une croissance durable, Shinzo Abe convoque des élections anticipées qu’il remporte largement en décembre 2014. Le Premier ministre nippon entend ainsi surtout s’assurer une plus longue longévité politique malgré l’échec relatif de sa célèbre stratégie économique. Retour sur un coup de poker politique.

 

 

  Le 14 décembre 2014, soit environ un mois après avoir provoqué une dissolution de la Chambre basse de la Diète nippone, le Parti Libéral Démocrate (PLD) de Shinzo Abe remporte haut la main les élections législatives anticipées avec plus de 50% des sièges de la Chambre des représentants. Malgré un fort taux d’abstention (près de 48%), la coalition conservatrice constituée du PLD et de son allié centriste Nouveau Komeito obtient donc la majorité des deux tiers de la Chambre basse, un score qui lui permet de valider des lois même en cas de désaccord du Sénat. Dix jours après cette victoire sans appel de son parti, Shinzo Abe est réélu Premier ministre par les députés et sénateurs. L’issue de ces élections restait toutefois sans surprise compte tenu de l’émiettement de l’opposition. En effet, les formations d’oppositions, encore marquées par leur échec lors des élections de 2012 qui avaient ramené Shinzo Abe au pouvoir, ne sont toujours pas parvenues à se structurer pour constituer un courant politique capable d’assumer une alternance. Le Parti démocrate du Japon (PDJ), principal parti d’opposition, a ainsi obtenu moins de 20% des sièges de la Chambre basse.

 

 

« Japan is back » ?

 

  En 2012, c’est avec l’ambition de sortir le Japon de quinze ans de déflation que Shinzo Abe arrive au pouvoir. Les « Abenomics » font référence à son programme de réformes articulées autour de trois types de mesures : une augmentation des liquidités, à travers une politique agressive de la Banque du Japon (objectif de 2% d’inflation au bout de deux ans); une relance des investissements publics, autrement dit un soutien massif à l’activité (pour un montant de plus de 18 400 milliards de yens)  et la mise en œuvre d’une stratégie de croissance fondée sur les exportations, les privatisations et la dérégulation du marché du travail et de certains secteurs comme l’agriculture.

  La plongée du Japon en récession au troisième trimestre 2014 (-0.4% de croissance du PIB, selon l’OCDE) a toutefois montré les limites de cette politique économique ambitieuse. Pouvoir des ménages en chute libre, dette publique vertigineuse, chute du yen qui décourage les exportations : les Abenomics ne se concrétisent guère. D’autres mesures se font toujours attendre, à commencer par une réforme du marché du travail et de l’agriculture, ou encore la signature d’accords de libre-échange au sein du partenariat transpacifique. Mais c’est surtout la hausse très impopulaire de la TVA du mois d’avril 2014 (passée de 5 à 8%) qui est considérée comme la principale entrave à la croissance de l’Archipel. C’est justement sur le report du second relèvement de TVA, initialement prévu en octobre 2015, que Shinzo Abe a milité lors de cette campagne. 

 

 

Déboires au sein du gouvernement Abe

 

  Ces élections doivent permettre au Premier ministre non seulement de faire face à l’échec relatif de sa stratégie économique, mais aussi de regagner en légitimité après plusieurs scandales ayant fortement ébranlé son gouvernement. Tandis que M. Abe faisait de la promotion des femmes au sein de la vie politique et économique du Japon une priorité, deux de ses ministres femmes ont été contraintes à démissionner en l’espace de quelques heures pour des raisons  d’irrégularités dans l’utilisation de financements politiques et de violation du Code électoral. Yuko Obuchi, chargée de l’économie, du commerce et de l’industrie (Meti) et Midori Matsushima, ministre de la Justice, avaient été nommées moins de deux mois auparavant dans une équipe féminisée et rajeunie, symbole fort censé donner un nouvel élan au mandat. Un revers de médaille pour Shinzo Abe qui rappelle les scandales de son mandat de 2006-2007 et questionne aussi la crédibilité du projet de créer une société japonaise « dans laquelle les femmes brillent ».

 

 

  M. Abe regarde également d’un œil inquiet l’élection en décembre 2014 du gouverneur d’Okinawa, Tageshi Onaga. Fervent opposant au maintien d’une base américaine sur l’île d’Okinawa, (prévu par un accord nippo-américain), les positions du nouveau gouverneur pourraient bien peser sur les relations entre le Japon et les Etats-Unis.

 

 Shinzo Abe

 

 

Objectif de relance

 

  L’ambition première de M. Abe est donc de remobiliser son camp et son électorat (la cote de popularité du chef du gouvernement avait dégringolé sous la barre des 50% juste avant les élections), en profitant de l’absence d’opposition crédible. Certes ce scrutin peut s’apparenter à un « referendum » sur les Abenomics : Shinzo Abe entend poursuivre la politique lancée en 2012, et a déjà annoncé en décembre 2014 un plan de soutien économique de 3500 milliards de yens. Mais le premier ministre a finalement moins milité sur un renouveau des Abenomics que sur la promesse de l’abandon momentané de la discipline fiscale. Considérant la hausse de la TVA orchestrée en 2014  comme la principale entrave à la croissance du Japon, l’argument massue de la campagne de M. Abe a été le report de la hausse de TVA de 8% à 10% initialement prévue en 2015 à 2017. Il compte sur sa future majorité politique pour voter une modification de la loi qui puisse permettre ce report très attendu par l’électorat.

 

 

Manœuvre politique

 

  Le Premier Ministre nippon avait-il réellement besoin de dissoudre la Chambre basse pour parvenir à augmenter la TVA ? La réponse, à en croire bon nombre d’analystes politiques, est non. Car au moment de l’annonce des élections anticipées, Shinzo Abe disposait toujours d’une large majorité au sein du Parlement. La stratégie politique de M. Abe vise surtout à s’assurer une plus grande longévité politique, et ce avant que son électorat ne prenne complètement conscience de l’échec de sa politique…et que l’opposition ne puisse en faire le terreau d’une future campagne ! En précipitant des élections qui auraient du normalement se tenir en 2016, le chef du gouvernement conservateur n’a pas voulu simplement faire de ce scrutin un vote de confiance populaire sur sa politique économique, mais a surtout cherché à asseoir sa légitimité politique dans une perspective de long terme. Shinzo Abe va pouvoir profiter des deux ans supplémentaires qui lui sont octroyés à la tête d’ l’exécutif pour faire voter des lois qui lui tiennent à cœur notamment en matière de défense et de sécurité intérieure.

 

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